Festi’Lac

 

Lancer un festival n’est jamais une chose aisée, d’autant plus lorsque l’on est en période de crise et que nombre d’évènements de ce type sont supprimés. Inaugurer une formule mêlant le sport nautique et la musique n’est pas non plus chose aisée surtout lorsque l’on se pique de le faire là-haut, tout là-haut (ou presque), sur les bords de ce lac de Vinça si agréable à fréquenter mais pas forcément le plus adapté aux nécessités et contraintes d’un festival. Gageure même lorsque l’on se pique de le faire sans l’artillerie lourde que peuvent avoir d’autres festivals en terme de moyens techniques et/ou financiers. Autant dire qu’en tentant ce pari un peu fou et très audacieux, l’association Il est temps, emmenée par Isabelle et Christian, faisait preuve d’un optimisme forçant l’admiration.

Face à ces mois et des mois d’investissement et de temps passé à tout imaginer, à tout concevoir dans les moindres détails, à se projeter au cœur d’un mouvement artistique, notre petite équipe ne pouvait qu’être inquiète de ces gros nuages noirs et chargés qui, depuis le matin, se chargeaient au dessus du Conflent. Et très vite, force fut de constater que les espoirs de tous allaient être douchés par un premier jour cataclysmique au sens premier du terme. Pluie, orage, vent, dès le début d’après-midi, rien ne manquait à l’appel pour rendre ce premier jour de fête impossible. Après avoir longtemps espéré pouvoir malgré tout, on serait tenté de dire contre vents et ondées, maintenir une partie du programme, c’est la mort dans l’âme que cette première partie du Festi’Lac fût annulée. Et si, il nous faut bien l’avouer, le lac de Vinça était d’une tristesse absolue ce samedi soir pluvieux, l’enthousiasme des organisateurs, lui, n’était pas totalement évanoui, même si la déception était palpable dans leur voix. Une tente, des platines, un peu de son et voilà que les meubles étaient plus ou moins sauvés, tout du moins pour la soirée. De quoi mettre un peu de baume au cœur à tous les bénévoles présents, aux artistes qui, programmés ce soir-là, avaient fait le trajet, parfois de très loin, et dépités, cherchaient une solution pour participer malgré tout à la fête. Tristes devant tant d’énergie perdue et d’espoirs déçus, nous sommes repartis de Vinça avec l’absolue conviction que le lendemain, les compteurs seraient remis à zéro, que la pluie ne viendrait pas gâcher le bel édifice fragile et que, d’une façon ou d’une autre, le festival tiendrait toutes ses promesses.

Constat de soulagement le lendemain dès l’aube (ou presque) avec ce pâle soleil qui éclabousse le département et donc par ricochet le Conflent. Certes, de grandes bandes de nuages noirs passent à intervalle régulier mais dans l’ensemble, c’est à un temps sec que nous devrions avoir affaire toute la journée.
Retour donc sur les terres de Festi’Lac où les stigmates des pluies de la veille ont été gommés. Tout semble a priori bien en place pour faire la fête et partager de bons moments musicaux et sportifs dans une ambiance familiale et hyper décontractée. Les rives du lac sont bien remplies par nombre de baigneurs et, alors que nous nous posons paisiblement sur les marches du parc, Jérôme Macquart et ses acolytes commencent à proposer aux téméraires de tenter une initiation au wake-board, pratique ô combien spectaculaire acrobaties et sensations fortes. De quoi se mettre en appétit avant que la petite troupe ne prenne le relais et nous montre à quel point il peut être fun de se faire tracter à toute vitesse par un filin en direction d’un tremplin plus ou moins improvisé. Quelques sauts renversants plus loin, c’est au tour de la musique de prendre le relais et de combler un public aussi hétéroclite que paisible. Par la force des choses, de nombreux groupes et artistes prévus le samedi n’ont pu venir ou rester présents sur site le dimanche. De même, face à la menace de nouvelles pluies diluviennes, quelques autres ont préféré ne pas faire le voyage de loin et, ainsi, ont laissé leur place aux petits copains de la veille. C’est donc une affiche totalement remaniée et, par la force des choses, encore plus mélangée qui est proposée aux festivalier ce dimanche. En effet, prévu à l’origine avec une soirée pop rock rap et une autre plus orientée reggae, le festival condense tout cela en un seul et unique melting-pot, posant les dj, rappeurs et sound-systems à côté des rockers sans que cela ne pose problème, avec même une telle évidence que l’on se demande comment on y pas songé avant !…  Sans laisser le temps à quiconque de souffler, les sons se mélangent, s’accouplent, se succèdent et finissent par filer un immense sourire à tous les présents, malgré ces nuages qui peu à peu s’amoncellent et font craindre le pire. Du rap de Soulib & Mekwa en ouverture du bal à celui de R.Can pour finir, la boucle aura accueilli le temps d’un set les reprises de Rock’n’Lol, groupe adepte de musique musclée n’hésitant pas à se frotter aux mythes du genre, la pop très anglaise et maîtrisée de Falklands, desservi malgré tout par des bourrasques de vent rendant la voix d’Anthony Cortès le chanteur parfois inaudible, ou le rock viscéral et engagé de Pat Kebra, venu seul avec sa guitare – quoiqu’accompagné bien involontairement par la pluie ! – mais avec un tel talent et une telle énergie que l’on se crut, l’espace de quelques instants, face à un combo de furieux portant haut le drapeau du réveil des consciences. Rajoutez au milieu de tout ça, les beats frénétiques de Dj Martin Martin et ceux plus tendres de Selecta Aioli ou Ranking Saïden, les flows hypnotiques de Macka Mikie, Ravy Ziontribe,, DavojahDajak et Newik, ou bien encore Maya Vibes.

Autant de sons sans frontière qui ont fait de cette première édition contrariée malgré tout un beau moment de partage et de convivialité. Loin des grandes machines parfaitement huilées, ce premier Festi’Lac a montré qu’avec peu de moyens on pouvait déplacer des montagnes et que l’envie et l’amitié étaient des valeurs bien plus importantes que les flots d’euros. Un peu de soleil en plus, quelques évolutions bienvenues, un état d’esprit identique et cette volonté de faire bouger les choses, la deuxième édition prévue pour l’été 2016 devrait pouvoir implanter durablement ce festival différent à plus d’un titre dans le paysage musical estival nord catalan. En tout cas, si l’on en juge par la qualité de l’offre 2015 en regard des contraintes et aléas multiples, le champ des possibles est grand ouvert pour l’an prochain et ce futur deuxième opus devrait sans nul doute nous combler au plus haut point !

report humide par Thierry et photos mouillées par Marc O.