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Frédéric Viguier – « Ressources inhumaines »

Thierry 21 août 2015 0
Frédéric Viguier – « Ressources inhumaines »
livre viguier

Elle n’attend rien et n’exige rien du destin. Elle laisse glisser les heures, elle ne participe pas, elle est là, peu influente, jamais déterminante et sans rancune. Elle est en parallèle, attentive, mais pas impliquée. « Elle », c’est cette jeune femme de 22 ans qui entre comme stagiaire au rayon textile d’un hypermarché, pour y devenir très vite chef de secteur. C’est cette « femme sans qualité » dénuée d’ambition, qui cherche juste à combler le vide abyssal de sa vie. En acquérant un statut, elle quitte les rives de son existence banale pour faire enfin partie d’un monde. Celui de la grande distribution. Univers absurde, construit sur le vide et les faux-semblants… Son seul talent ?… Avoir compris rapidement qu’en tirant les bonnes ficelles au bon moment, quitte à laisser le hasard prendre sa part du gâteau, elle allait pouvoir monter vers le sommet. Mais une fois celui-ci atteint, pour Elle, il n’y a plus qu’un seul but, un seul objectif : surtout ne pas se dévoiler pour ne jamais, jamais, redescendre !

Certains romans surprennent par leur capacité à ne pas être tout à fait ce que l’on attend d’eux. Ainsi ces « Ressources inhumaines ». En l’ouvrant, on s’attend à plonger à corps perdus, et âme effrayée, dans les coulisses de cette grande distribution si honnie et pourtant si quotidienne. Pourtant, une fois les premières pages passées, on se rend compte que l’on est en face de bien plus que cela, voire de presque autre chose, d’un portrait de femme maquillé en étude sociologique. Certes, il y a bien une charge virulente contre ce système qui pousse les ambitions à s’épanouir dans les chocs, les drames et les trahisons. Certes, au fil des mois qui passent on se frotte à cette réalité managériale qui veut que l’être humain ne soit qu’une donnée d’ajustement, où les entretiens d’embauche sentent  le calcul terrifiant et où la soumission absolue est présentée comme une valeur essentielle à la bonne marche de l’entreprise. Mais si on a l’impression que tout cela constitue la colonne vertébrale du roman, c’est pourtant du côté du parcours de « Elle » que tout se passe, que réside l’essence même du récit de Frédéric Viguier. Et c’est en cela qu’il en devient glaçant et, paradoxalement, hypnotique. Glaçant car en plongeant à la suite de son héroïne dans les arcanes du pouvoir d’un hypermarché lambda, on ne réussit que rarement à la condamner, à s’opposer, même virtuellement, à ses actes, à ses propos, comme s’il était normal, pour nous aussi, d’écraser son prochain pour réussir sa carrière, fut-elle fondée sur un mensonge, une dissimulation. Dérangeant aussi car on entre en empathie avec une personne qui, elle, ne ressent rien ou presque, ne dévoile jamais ou quasiment d’émotion, se moulant à la perfection dans les codes d’une société qui broie les hommes et les femmes, cachant sans problème ses dents acérées derrière un sourire de façade aussi poli qu’hypocrite. Hypnotique car l’on ne peut détacher notre regard de cette vie qui se modèle sous nos yeux, de cette femme qui, peu à peu, prend ses marques dans un monde pour lequel elle semblait ne pas être faite. Et si, malgré tout, un coin de ciel bleu ici ou là déchire le voile sombre de ces ressources inhumaines, c’est bien vite que Frédéric Viguier nous replonge la tête dans l’eau croupie des rancœurs individuelles et des soumissions collectives. Au cœur d’un écosystème dévastateur pour l’Homme, une femme surnage et se bat, appliquant impitoyablement les règles du jeu imposées par d’autres, et au bout du compte, nous livre un constat froid et cruel du monde dans lequel nous vivons. Et si parfois on pourrait penser que telle ou telle situation frise le cliché, voire y sombre, très vite l’on se rassure en se remémorant que la réalité est – souvent – bien pire que celle décrite froidement par Frédéric Viguier. Rien que pour cela, ce roman mi-chronique sociétale, mi-portrait de femme, est un des plis intéressants de cette rentrée, l’un de ceux qu’on lit d’une traite, entre révolte et envoûtement, emballement et empathie.

FRÉDÉRIC VIGUIER – « Ressources Inhumaines »
Albin Michel /// 281 pages /// 19€ (broché) – 12,99€ (ebook)
sortie le 20 Août 2015

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