Jango Edwards et Cristi Garbo

Qu’avez-vous fait ces 20 dernières années ?

Globalement la même chose qu’avant : j’ai parcouru le monde avec mes spectacles pour rappeler ce qu’est la liberté aux gens…

En fait, le Jango Edward que vous connaissez est un mythe, une légende, il n’existe qu’à la télé dans des émissions comme «Nulle Part ailleurs» ou «le Grand Journal» dans lesquels je m’efforce d’apporter de la bonne humeur à l’humanité !  Jango n’est même pas mon vrai prénom, je m’appelle Stanley… Et en France, ce personnage a super bien marché… Mais je ne me produis plus beaucoup ici à cause du business, des producteurs, qui traitent mal leurs artistes. Je préfére me produire moi-même, sans intermédiaire, dans de petites salles comme le Vinochope à Perpignan ou La Comédie à Toulouse.

Je joue d’ailleurs un peu partout dans le monde, j’ai joué en Amérique du Sud, à Moscou… J’aime finalement jouer dans des pays où les gens ne me connaissent pas. La célébrité n’est pas très importante, ce qui est primordial c’est de porter le message au monde : L’importance du rire et de la liberté de rire. C’est d’autant plus important surtout avec tout ce qui se passe en ce moment : Charlie Hebdo, la crise économique et sociale à travers l’Europe… La faute en revient aux politiques, aux religions qui nous mettent en conflit les uns avec les autres. Chacun pense détenir la vérité mais c’est une illusion, nous sommes tous égaux dans notre façon de penser, personne n’a raison ou tort. Vivons notre vie comme nous l’entendons, la vie est courte ! Et les clowns sont des soldats de la liberté. Nous naissons tous libres, nous ne naissons ni avec une religion, ni avec une carte de crédit, ni avec une appartenance idéologique… Tout ça, c’est l’affaire des politiques pour mieux nous contrôler grâce à un outil très efficace : la peur !

Ces dernières années, j’ai même eu des problèmes avec le FBI parce que j’avais créé un groupe de clowns qui faisaient des happenings et qui s’appellent The Fools Milicia (ndr : la milice des bouffons)… Et c’est le mot “milice“ qui m’a fait apparaître sur le radar du FBI. C’est comme ça que j’ai commencé à avoir des problèmes de passeport et ce pendant plus de sept ans !…

Quand je pense que j’ai été le premier clown américain à pénétrer sur le sol de l’Union Soviétique avant la chute du mur de Berlin ; c’était une belle aventure à l’époque, j’avais même été obligé d’y pénétrer clandestinement ! Au bout de deux semaines de tournée avec ceux qui allaient devenir le Slava Snow Show, j’ai été arrêté par le KGB qui m’a raccompagné à la frontière. Quelques années plus tard, j’y suis retourné et j’ai été surpris de voir des vidéos de moi partout et des spectacles qui reprenaient mes sketches ! J’ai fini par ramener les Slava avec moi pour leur faire faire leur première résidence en France chez un ami à moi. Je ne pensais pas que je serai rattrapé par des problèmes de passeport pour mon propre pays 30 ans plus tard !

Et des histoires comme ça, j’en ai des tonnes ! Chaque jour de ma vie est une petite histoire !

Mais le mythe Jango Edwards va prendre fin, je vais bientôt devenir invisible parce que ma santé n’est pas bonne et les clowns n’ont pas le droit d’être malade.

Mais le clown fait partie intégrante de vous !

Oui, c’est pour ça que je suis en train d’écrire 3 livres à partir de tonnes d’archives que j’ai accumulées au fil du temps et que je suis en train de compulser. Je pense que c’est important que les gens prennent ma suite dans le « combat des clowns pour la liberté », que je puisse passer le flambeau… Avec internet, les choses sont devenues plus facile qu’à mon époque pour que les gens apprennent à connaître l’art et l’univers du clown. Il y a 10 ans, j’ai créé le Nouveau Clown Institute, une école où j’apprends aux gens à devenir des clowns. Devenir un clown n’implique rien de nouveau. Je ne suis qu’un portier, j’apprends juste aux gens à ouvrir des portes à l’intérieur d’eux-mêmes, à se souvenir de choses qu’ils ont oubliées. J’ai créé ces ateliers à Vienne, Amsterdam, Barcelona et même en Irak… Il y a quelques jours, j’ai fait une Masterclass à Toulouse et j’avais en face de moi un conducteur de camion, un météorologue, un photographe… L’art d’être clown est universel, il n’a rien à voir avec la scène mais avec la vie, avec qui vous êtes vraiment.

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Parlez-nous de votre spectacle…

Je joue ce spectacle en duo avec une partenaire formidable, Cristi Garbo. C’est de la dynamite, c’est l’une des meilleures clowns du monde.  Dans ce spectacle, je reprends quelques-uns de mes vieux personnages ou chansons comme «Suce ma bite».

Est-ce que vous aimez toujours être nu sur scène ?

J’ai vieilli, je ne suis plus aussi bien qu’avant ! Mais ça m’arrive encore parfois ! Ca dépend de l’ambiance du spectacle. L’autre jour, l’ambiance était tellement électrique, j’ai fini en jockstrap dans la rue sous une pluie battante avec tout le public qui m’avait suivi sur la chanson «I’ll take you there» et Cristi qui me tapait dessus avec un bâton pour me faire rentrer qu’elle avait peur parce que j’attrape froid !

Dans les années 80 à Paris, à l’époque, la nudité était une provocation pour attirer l’attention sur moi. Mais maintenant, c’est devenu normal de se montrer nu, tout le monde le fait. Ca n’a plus rien de provocant.

Qui est Cristi Garbo ?…

Elle est assez connue en Espagne où elle a fait pas mal de télé mais en dehors, elle ne tourne qu’avec moi. C’est dur pour moi de travailler avec elle, parce que c’est moi qui suis connu mais, en fait, c’est elle la véritable star du spectacle. Bon, il se trouve aussi que c’est ma femme… Mais à cause d’une histoire incroyable… Nous étions ensemble depuis plusieurs années mais n’avions aucune intention de nous marier sauf qu’après 45 ans passés en Europe, j’ai été expulsé vers les Etats-Unis, il y a 18 mois. Beaucoup aimeraient être expulsé vers les Etats-Unis, mais on m’a renvoyé à Détroit, Michigan ! Pas la ville la plus folichonne du monde ! J’ai donc été obligé de régulariser ma situation officiellement et je me suis marié.

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Cristi, où avez-vous rencontré Jango ?

Je crois que c’était en 1997 à Barcelone. J’étais actrice à l’époque et je voulais apprendre l’art du clowning pour élargir ma palette d’actrice ; j’ai vu une annonce pour l’atelier de Jango que je ne connaissais absolument pas et j’ai assisté à ses cours pendant deux semaines. Ca a changé ma vie ! A partir de ce moment-là, j’ai compris que j’étais un clown et que c’était ce que je voulais faire pour le reste de mes jours. Il m’arrive toujours de jouer des rôles dans des théâtres dits normaux mais ce qui me rend les plus heureuse, c’est quand je suis un clown. C’est ma «happy place» !

Comme Jango ?

Jango est parfois ma «happy place», mais aussi ma «stress place», ma «j’ai-envie-de-le-tuer place » ! Nous n’avons commencé à être un couple qu’à partir de 2005 et nous nous sommes mariés l’année dernière pour régulariser sa situation.

Il nous a dit que vous étiez connue en Espagne…

Non, il exagère toujours ! Je suis reconnue en tant que clown surtout en Catalogne, mais je suis loin d’être célèbre !

Comment s’est passée la prise de conscience que vous étiez un clown ?

Je n’ai jamais vraiment su quelles étaient les raisons qui me poussaient à être une actrice… J’ai étudié, j’ai pris des cours mais j’étais à la recherche d’une certaine forme de plaisir qui me manquait et je n’ai compris ce que je cherchais que le jour où je suis devenue un clown. Ce qui me plaît dans le fait d’être un clown c’est le contact particulier avec le public, l’extrême liberté, la possibilité de montrer qui je suis vraiment… Ce qui m’a pris pas mal de temps et de travail…

Parlez-nous du spectacle avec Jango…

C’est un mélange des sketchs classiques de Jango et de duo. C’est un jeu entre nous, un amusement… Je chante beaucoup, j’adore chanter !

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Merci au Vinochope pour son accueil et rendez-vous le 24 avril prochain pour le retour de la revanche de Jango Edwards et Cristi Garbo, toujours au Vinochope, toujours à Perpignan…

en lien >>>> Jango Edwards, le retour du plus trash des clowns…

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