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« La brigade du rire » de Gérard Mordillat

Thierry 27 août 2015 0
« La brigade du rire » de Gérard Mordillat
BEAUVOIR

Il y a Kowalski, dit Kol, Dylan, prof d’anglais et poète, les jumelles Dorith et Muriel pour qui la vie est une fête permanente, l’Enfant-Loup, coureur et bagarreur, Suzana, infirmière en psychiatrie, Rousseau, le beau gosse prof d’économie, Zac, producteur de cinéma à la vie privée perturbée, et Hurel, industriel lecteur de Marx et Kropotkine. A la marge, il y a aussi Betty, licenciée de l’imprimerie où elle travaillait avec Kol, Victoria qui porte le deuil, Sandra, la journaliste intègre… Tous sont des militants à leur façon, pas des « cocos », juste des hommes et des femmes en colère qui, un jour, décident de régler son compte à cette société où l’autorité du succès prime sur celle du talent. Leur projet ubuesque et génial tient à la fois de supercherie que de la farce grotesque : kidnapper et faire travailler Pierre Ramut, l’éditorialiste vedette de Valeurs Françaises. Dans un bunker transformé en atelier, ils l’installent devant une perçeuse à colonne pour lui faire percer à la chaîne des trous dans du duralium. Forcé de travailler selon ce qu’il prescrit dans ses écrits – semaine de 48h, salaire de 20% inférieur au dmic, productivité maximale, travail le dimanche… -, Ramut saura désormais de quoi il parle et pourra transmettre la bonne parole…

Alors que la rentrée littéraire approche à grands pas et va nous asséner ses tombereaux de romans d’une gaieté folle pouvant faire passer Houellebecq pour un dieu du rire, se plonger dans cette « Brigade du rire » fait un bien fou. D’abord et avant tout parce qu’il est drôle, parce que Gérard Mordillat, qui en son temps fut le réalisateur de comédies telles que « Fucking Fernand », « Billy Ze Kick » ou « Vive la sociale », sait utiliser le verbe pour faire sourire et rire, criblant son roman de formules qui claquent et font effet immédiatement. Ensuite parce que son histoire, pour abracadabrantesque qu’elle soit, n’en demeure pas moins crédible et diablement ancré dans cette société actuelle qu’elle décrit avec autant de lucidité que sévérité. En fin observateur du monde qui l’entoure, Mordillat, sous couvert d’humour et d’une certaine légèreté, met le doigt et appuie fortement là où ça fait mal, sur cette coupure entre une sphère médiatico-politique fantasmant totalement le monde du travail et ce peuple qui, lui, vit de plus en plus difficilement la lente dégradation de son quotidien. Prétexte à un mitraillage en règle de cette pensée – aussi unique que magique – véhiculée par les tenants d’un libéralisme totalement dévoyé, la comédie se fait chronique(s) sociale(s), observant tout aussi bien le désespoir de ceux qui ont tout perdu que celui de ceux qui pensaient ne jamais pouvoir perdre. Formidablement bien construit et écrit (à tel point qu’il est difficile de ne pas dévorer les 500 et quelques pages d’une traite), « La brigade du rire » prend paradoxalement son temps pour traiter sur un pied d’égalité toutes les histoires qu’il développe, celle de Kol et Betty licenciés d’une imprimerie après avoir été les meneurs de la révolte syndicale, de Victoria et son bébé, de Zac noyé dans les tourments d’un passé qu’il n’arrive pas à se pardonner, d’Hurel pris dans le piège économiquement létal d’un escroc de la mondialisation ou bien encore de l’Enfant-Loup et ses désirs de bien faire. Sans oublier celle de Pierre Ramut, éditorialiste star vite oublié et tout aussi rapidement remplacé dans le lit conjugal et à la tête de ce magazine au nom si évocateur. En empathie totale avec ses héros, Mordillat ne les juge pas, ne leur donne pas non plus une ampleur qu’ils ne méritent pas. Ces hommes et ces femmes, sous sa plume, ne sont pas des super-héros, ni même des militants purs et durs rodés à l’action politique ou syndicale, mais juste des héros du quotidien, des gens comme nous qui, un jour, décident de faire quelque chose d’inouï, d’incroyable, de totalement hors norme. Même son anti-héros Pierre Ramut finit par trouver grâce à nos yeux lui qui va peu à peu découvrir une vie qu’il n’avait jamais imaginée, même dans ses pires cauchemars, celle d’un salarié lambda, pire d’un ouvrier !…
En signant « La brigade du rire », Gérard Mordillat nous offre un roman jouissif et hautement politique, l’un de ceux que l’on a envie d’offrir séance tenante à tous ceux qui nous dirigent, ou ont pour vocation à le faire, pour leur ouvrir les yeux et le cœur, voire à leur faire prendre conscience de l’impasse dans laquelle ils nous conduisent inexorablement. Et comme les miracles n’arrivent que très rarement dans la « vraie vie », on se contentera d’une révolution douce, celle d’un roman qui donne le sourire et redonne, malgré tout, envie de croire en une utopie, dans le pouvoir de chacun de changer les choses et faire bouger sur ses bases une société de plus en plus inhumaine. Et en attendant le grand jour, voilà un roman, en tout cas, qui s’installe directement tout en haut de notre short-list de cette rentrée littéraire 2015 !

GÉRARD MORDILLAT – « La Brigade du rire »
Albin Michel /// 516 pages /// 22,50€ (broché)
sortie le 20 Août 2015

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