Le fils du comique

Pierre Mazar a un problème et pas n’importe lequel !… Lui, l’archétype du narcissique, auteur à succès, gay jusqu’au bout des ongles partageant la vie de Benjamin, un chorégraphe sublime, prend conscience qu’avec les gênes qu’il a, il ne se sent pas le droit de ne pas se reproduire. Comment pourrait-il en effet passer au travers du bonheur de donner à ce fils, puisqu’il est inconcevable que ce soit autre chose, son intelligence, son charisme, son bon goût et sa faculté à trouver en permanence le bon mot, la bonne formule, en un mot comme en cent, son génie comique ?… Ce qui tombe plutôt bien c’est qu’il a sous la main Isabelle, la comédienne qui va tenir le rôle principal de sa prochaine pièce et semble plus que partante pour servir de mère porteuse. Oui mais voilà, Pierre a juste oublié un tout petit, un minuscule détail, il avait déjà promis le “poste“ à Sylvie, sa meilleure amie tout à la fois policière et caractériel, l’un n’ayant pas forcément de rapport avec l’autre ! Comment, dès lors, départager ces deux femmes aux caractères si différents mais possédant toutes deux des qualités pour devenir la mère de son enfant ?… Et pourquoi, comme le propose son compagnon, ne pas choisir lors d’un dîner où chacune pourra faire valoir ses atouts et ses arguments ?… Idée saugrenue s’il en est qui, pourtant, va déboucher sur une rencontre explosive entre deux caractères très affirmés, une guerre de tranchées où tous les coups, surtout les plus bas, sont permis pour devenir la future génitrice de cet enfant. Face à ce douloureux dilemme, et ses potentielles conséquences dévastatrices sur sa vie amicale ou professionnelle, Pierre va devoir prendre une décision et choisir, chose pour laquelle il n’est pas mais alors pas du tout conçu…

Il est assez rare dans le théâtre comique d’avoir la chance de retrouver un personnage sur plusieurs pièces aussi goûte t’on comme il se doit ce retour de Pierre Mazar aux affaires. Dans «Le comique», créée en 2008, l’on suivait déjà avec délectation les péripéties drolatiques de cet humoriste homosexuel, entre fêtes continuelles, aventures sans lendemain, drogue et égocentrisme forcené. La grande intelligence de Pierre Palmade est d’avoir “transféré“ son héros quelques années plus tard, enfin posé dans une vie plus calme, plus classique, une existence où l’amour a sa place. Débarrassé des figures imposées et mille fois décrites du fêtard insatiable, Pierre Palmade peut laisser sa plume vagabonder, se moquer du politiquement correct et de son opposé, parler de paternité, de gestation pour autrui sans en avoir l’air, sans se faire militant. Et si l’on a connu son écriture plus acérée, plus folle, il ouvre ici des pistes nouvelles, vers la tendresse et vers l’introspection, ce qui renforce l’impact, déjà grand, de la pièce. Car ici, point de surprises, les règles du vaudeville – mais en est-ce vraiment un ? -, sont respectées avec portes qui claquent, remarques vénéneuses qui fusent et ronde démoniaque où chacun son tour devient victime ou bourreau des autres.  (Auto ?) Portrait au vitriol d’un narcissique de haut vol, la pièce monte crescendo vers son apothéose, laissant le temps, chose plutôt rare ces dernières années, aux personnages et au public de s’installer, de prendre leurs aises dans cette histoire improbable donc possible. Moins immédiate, moins percutante que «Le comique», cette pièce n’en est pas moins un objet théâtral plus complexe qu’il n’y parait de prime abord, une comédie à la fois douce amère et, on est pas un paradoxe près, férocement déjantée, une pièce qui raconte en creux, et avec une rare intelligence, la société d’aujourd’hui. En reprenant le costume de son alter-ego Pierre Mazar, Pierre Palmade fait bien plus que nous réjouir avec un pièce très drôle, il signe l’un des plus beaux remèdes anti-morosité de ce début d’année.

Vendredi 06 MARS 2015 /// 20h29 /// Palais des Congrès /// PERPIGNAN
37€>43€ /// renseignements et réservations : www.boitaclous.com