Mary l’Asterisk – “A travers”

Dans l’univers, il y a des gens biens, d’autres mal lunés, parfois même croise-t-on quelques tarés, quelques tordus qui prennent un malin plaisir à nous pourrir l’existence. Il y ceux qui courent après leurs rêves, leurs chimères intérieures, ceux qui n’ont pas de plan de vie bien déterminé, qui n’ont rien prévu si ce n’est de se laisser porter par le flot ininterrompu d’un quotidien plus ou moins joyeux. Dans notre univers, il y ces jours où rien ne va, où chaque seconde semble être une hémorragie de mauvaises nouvelles à absorber et parfois à assumer. On y croise des Betty Jane hautes en couleurs, libres de faire ce qu’elles désirent, on y accueille des nouveaux venus aux mines mal taillées, et parfois même l’on y déambule paisiblement en compagnie de ceux que l’on aime. Dans notre monde un peu bancal, un peu hors norme, on s’affranchit des limites, des codes trop stricts qui nous enserrent et nous briment, on préfère partir  en zig zag le long des rues de notre conscience plutôt que d’écouter ceux, trop nombreux, beaucoup trop nombreux, qui n’ont qu’une envie, nous faire croire que la liberté est le mal de notre siècle. Au fil de nos jours et de nos nuits étourdies, il arrive même que l’on croise un petit lutin, une Mary l’Asterisk, qui, l’air de rien, manie mieux qui quiconque la rime qui touche, le mot qui émeut, la mélodie qui donne le sourire et revitalise en quelques instants. Alors, on se plaît à suivre ses pérégrinations, content de pouvoir à notre tour voir “A travers” les écrans de fumée que l’on dresse autour de nous, pour vivre enfin de belles émotions. Il suffit de peu, de trois – ou plutôt treize – fois rien, quelques chansons en solitaire, peuplées de boucles et de poésie sans prétention, quelques sons qui flattent nos oreilles et contentent nos esprits. Avec cet album, au treize chansons toutes plus sublimes les unes que les autres, Mary l’Asterisk confirme ce que nous avions pu découvrir dans ses clips, une maîtrise parfaite de la construction qui jamais ne vient contredire ou atténuer l’émotion, quelle qu’elle soit, une plume, celle qu’elle prenait dans son précédent EP et qu’elle reprend pour notre plus grand bonheur ici, vive et drôle, virevoltante et émouvante. Car c’est bien là la force de Mary, nous embarquer dans un univers où rien n’est blanc ou noir, ou l’on peut passer en quelques secondes du sourire au songe délicat, de l’envie de bouger à celle de s’enrouler autour de la personne aimée pour un câlin tendre et immortel. Et de nous entraîner, à sa suite, à pousser un gigantesque cri primal, un Oulefaselam libérateur qui efface tout et surtout le moins bon de nos vies. Quand la chanson française – oui ce n’est pas un gros mot ! – se renouvèle aussi bien et aussi profondément qu’avec Mary l’Asterisk, nous n’avons qu’une seule envie, que cela fasse école et que nombreux soient les albums aussi enthousiasmants que cet “A travers”. Vivement la suite…