[No One Is Innocent] – Frankenstein

Pas de prisonniers, pas de quartiers, mettre au tapis tous les ennemis de la conscience, tous ceux qui se couchent devant leur propre lâcheté, leur propre haine, depuis longtemps déjà No One Is Innocent ne recule devant aucun combat, se servant de sa musique comme d’une arme de destruction massive de toute mauvaise odeur, de toute idée rance d’où qu’elle vienne. Depuis toujours, la petite bande d’enragés emmenée par Kemar se jette encore et encore dans l’arène, fracassant les murs d’indifférence avec de gros uppercuts soniques, des albums qui ne font pas dans la dentelle mais frappent fort et dur, touchant souvent juste et ne pouvant jamais, ô grand jamais, être taxés d’insignifiance. Autant dire qu’après 25 ans d’efforts et de luttes acharnées à grands renforts de sueur et de rage, on aurait pu craindre que ce septième album studio (seulement 7ème serait-on tenté de dire !) ne lève un peu le pied, que les brutes deviennent des agneaux ou à tout le moins d’adoucissent un peu. Ouf, trois titres suffisent pour nous rassurer, No One n’a absolument pas, à aucun moment, décidé de rentrer dans le rang, loin de là !… Gauche, droite, gauche, droite, à l’instar d’Ali le roi du ring, le groupe nous balance crochet après crochet du violent, du brutal, de l’ultra-puissant, des rythmiques qui tabassent histoire de faire passer encore mieux un discours qui ne lâche rien, qui – une fois de plus – dresse le triste constat d’un monde qui va mal, d’une société de plus en plus destructrice pour les plus faibles. Et même lorsque la mélodie se fait provisoirement plus douce (“Les revenants”), les mots qui disent les maux n’en sont pas moins forts, moins percutants. Tels de jeunes loups assoiffés de vie, ces cinq-là (voire 6 lorsqu’un Niko Jones échappé de Tagada Jones vient sur “What the fuck” prêter main forte à Kemar au chant) ont les dents aiguisées et savent fort bien s’en servir, déchiquetant à tour de bras les barbaques déliquescentes de notre société malade. Loin, très loin, du consensus mou, No One continue le combat, chargé d’électricité, trop libre pour se contenter de rester sage, trop près de l’enfer pour accepter de se taire. Alors, pour y croire encore un peu, Kemar et ses complices remontent sur le ring pour nous coller une bonne dizaine de baffes, juste par amitié, histoire de nous remettre les idées en place, de nous pousser à rejoindre le camp de la désobéissance à grands renforts de riffs punkoïdes, de groove plombé et de mélodies qui tabassent. Et s’ils finissent cette délicieuse galette ultra épicée par la reprise du mythique “Paranoid” de Black Sabbath (avec Shanka au chant pour une fois), c’est pour mieux se l’approprier et en faire une furieuse machine à headbanger… On pensait que “Propaganda”, leur précédent opus, était un sommet que No One aurait du mal à dépasser. Tout faux, avec “Frankenstein”, le groupe monte encore plus haut et prouve qu’il est définitivement le maître incontesté du genre. Et quand on sait à quel point sur scène tout ce petit monde mouille le maillot, on a vraiment hâte de découvrir les 11 titres de cet album en mode what the fuck !