Pause Guitare… déjà la fin ! (Jour 4)

On dit souvent que l’on garde le meilleur pour la fin et, sur le papier, il est vrai que cette dernière soirée à des airs de rêve éveillé. On ne saurait trop d’ailleurs remercier Alain Navarro, le boss et programmateur de Pause Guitare, d’avoir pris le risque de proposer une affiche comme celle de ce soir, avec deux mythes du rock musclé et du pop rock, deux légendes que, visiblement, le public venu en masse (une soirée de plus totalement sold out !) rêvait de voir en live… Toto à ma gauche, Scorpions à ma droite, voila deux noms qui font saliver et ravivent nombre de souvenirs pour toute une génération… Mais comme ce n’est pas totalement la mienne, même si je connais relativement bien le répertoire des allemands hard-rockers, et que le hasard fait bien les choses, je laisse la parole, pour ce dernier soir, à mon camarade Thomas venu tout exprès de loin pour voir (une dernière fois dixit) ces deux monstres sacrés… Ce soir, donc, pour moi ce sera photos et pour lui, quelques mots futiles…

“Quelques mots futiles, c’est vrai !… Ceux que l’on dit et ceux que l’on pense, qui, d’ailleurs, ne sont pas toujours les mêmes. Des mots pour décrire l’indicible, cette sensation folle qui nous envahit et nous renverse, ce petit truc en plus qui donne à la musique son indéniable puissance intemporelle. Depuis quelques décennies déjà, eu égard à mon grand âge, ce rock me fait vibrer, me pousse à faire des kilomètres inconsidérés, me fait rencontrer des gens fabuleux et, parfois, rarement, me met quelques étoiles dans les yeux.

Ce soir, c’est le magnifique cadre de Pause Guitare qui m’a poussé à quitter ma délicieuse et fraîche caverne pour y voir deux groupes qui ont bercé mes folles années : Scorpions et Toto… Mais avant de faire le plein de sonorités électriques, les programmateurs de la soirée nous ont déniché une petite pépite. Sorti tout droit des années 60/70, Procol Harum fait partie de ces groupes dont on a forcément entendu parler un jour ou l’autre, qui, par la grâce d’un titre ou deux, ont marqué, en bien ou en mal, nos étés et nos hivers. Pour le groupe anglais c’est le cultissime “A whiter shade of pale” qui fait office de madeleine proustienne pour nombre d’entre-nous. A ceci près que ce titre, souvent passé en radio et dans les boums à deux balles (eh oui, je suis vieux, j’ai connu les boums, tant pis pour vous !), est LA raison qui m’a fait complètement passer à côté de cette sympathique bande spécialisée dans le rock prog. Et là, sous le soleil écrasant d’Albi, quelle n’est pas ma surprise de découvrir un groupe qui joue terriblement bien, diaboliquement efficace. Ces énergumènes, a priori ayant tous dépassés le cap fatidique des soixante-dix ans, s’amusent, prennent visiblement un plaisir fou à égrener pour nous des titres à la fois énergiques et fort bien construits. En regardant Gary Brooker, le pianiste chanteur ô combien sympathique et drôle, et ses acolytes, je ne peux m’empêcher de penser que la vieillesse peut être franchement ludique et peut, au regard de ce concert, bonifier le talent.

 

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Autant dire qu’après une telle rampe de lancement, l’arrivée de Toto ne pouvait que donner lieu à une énorme vague de satisfaction. Enfin, ça, c’était la théorie car la pratique s’est avérée un peu plus décevante. Certes, Steve Lutakher et ses acolytes jouent parfaitement, sont techniquement irréprochables et nous font un plaisir fou en interprétant leurs plus grands hits – même si à mon goût “Hold the line” en début de set est une erreur – à la perfection. Il n’empêche, plus le concert avance, plus j’ai l’impression que le groupe s’ennuie, n’arrive pas à partager, se contentant de jouer sa partition sans chercher à y prendre du plaisir. Certes, il y a un clavier fou qui, dans son coin, fait le show et s’éclate comme un petit fou mais le reste du groupe, lui, reste d’une sagesse qui frise l’atonie. Quel contraste avec les septuagénaires de Procol Harum !… Alors, quand vient la fin du concert, après un “Africa” ayant remporté tous les suffrages, une impression mitigée subsiste. Oui le plaisir d’entendre ces tubes pop rock a bien été au rendez-vous, oui le moment passé en compagnie de Toto aura été finalement bon mais non, l’émotion n’a pas été, en tout cas en ce qui me concerne, au rendez-vous. Dommage…

 

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Après un changement de plateau qui paraît durer dix heures – pour une scénographie qui s’avèrera être basée sur des écrans donc a priori relativement peu complexe à mettre en place ! -, c’est au tout du plat de résistance de la soirée d’entrée en scène. Et là, pour reprendre une formule lue sous la plume de ma délicieuse consœur, c’est le drame !… Pour tout dire, ne rien cacher, je n’avais pas revu Scorpions depuis un Bercy d’un autre millénaire, j’étais donc resté sur une image plus que positive, celle d’un groupe à la musique étourdissante et à l’énergie communicative. Mais la vieillesse, dans certains cas, est un naufrage !… Là, face à moi, je vois deux groupes distincts, l’un, mené par Rudolf Schenker bouge, joue fort et bien, aligne les titres furieux et s’amuse en parcourant la scène de long en large, même si on sent bien que le poids des ans commence à se faire sentir. Jusqu’à Mikkey Dee ex-Motorhead (et néo patron de bar parisien) qui prend un pied monstrueux à martyriser ses fûts jusque dans les airs, performance non inédite – on pense d’ailleurs à Tommy Lee et sa batterie parcourant toute une salle dans les airs ! – mais déclenchant une admiration certaine du public de ce soir. A côté d’eux, en revanche, Klaus Meine semble perdu, la voix ailleurs et le corps difficile à bouger. Il lui faudra d’ailleurs attendre la toute fin du set – et “Still loving you” – pour qu’enfin il retrouve un peu de puissance et chante vraiment. Comment, qui plus est, ne pas évoquer son étonnante propension à jeter des baguettes de batteur dans le public tout au long du concert ?!… On se doute qu’un chanteur ne peut pas, sans risque en tout cas, balancer des micros sur ses spectateurs, mais de là à leur envoyer des dizaines et des dizaines de baguettes, cela laisse perplexe. D’autant plus qu’après 9 ans de tournée d’adieu, on pourrait penser que le stock  initial de goodies commence à s’épuiser !… Alors, devant cette catastrophe vocale, restera l’image de musiciens qui s’éclatent, d’une scénographie magnifique et, comme un petit clin d’œil m’étant adressé ou un constat lucide sur le présent, l’interprétation de “Black-Out” qui restera à jamais mon morceau préféré des teutons…

[pas d’accréditation photo pour Scorpions en ce qui nous concerne… désolé !]

Au final, malgré ces bémols relevés pour Toto et Scorpions, la soirée aura été des plus agréables, une plongée dans un passé commun joyeux et rock, un petit shoot bienvenu de nostalgie. Comment, dès lors, ne pas être heureux d’avoir un festival qui ose programmer trois groupes de “vieux” pour les “vieux” sans y insérer deux artistes rap ou électro !… C’est suffisamment rare et courageux pour ne pas lui tirer un grand coup de chapeau et souhaiter que le succès de cette soirée, confirme à ses initiateurs – et surtout aux autres ! – que le jeunisme à tout prix n’est pas forcément gage de réussite !… En tout cas, moi, je signe des deux mains pour beaucoup d’autres soirées de ce type à Pause Guitare”

report : Thomas G.
photos : Liza Brume