Pause Guitare… en mode chanson française (Jour 2)

C’est sous une chaleur accablante que débute ce deuxième jour de ce festival, les corps rougissent, les pas se font plus lents, les pauses à l’ombre plus longues, mais peu importe car déjà, alors même que s’ouvrent les hostilités de ce jour 2, on se dit qu’il y a à Albi une atmosphère particulière qui incite au bonheur, que la vie y est diablement douce, les gens visiblement heureux et que Pause Guitare n’y est certainement pas totalement étranger. Journée studieuse en ce qui me concerne avec interviews, rencontres et échanges souvent fort constructifs autant avec d’autres journalistes croisés ici ou là, au détour d’un pit ou d’un plateau radio, qu’avec des professionnels du monde des Musiques Actuelles venus en nombre à Albi autant pour travailler que pour prendre quelques moments de plaisir auditif.

Comme hier avec les Québécofolies, c’est à l’Athanor que les hostilités débutent avec le premier volet du Prix Magyd Cherfi. Présent pour l’occasion, le chanteur de Zebda, qui sera, d’ailleurs, bientôt de retour avec son side-project Toulouse Con Tour, semble ravi de passer un moment en toute simplicité au milieu de nous, dialoguant sans chichi avec les uns et les autres, faisant le tour des plateaux radio avec un sourire que l’on sent sincère. Au menu de cette première salve, la pop électro de Siau, un peu trop sage et linéaire pour moi, le monde apocalyptique et ultra sombre de Jérôme Mardaga, aux contours électro rock qui me laissent un peu de marbre, la pop atmosphérique et un tantinet ennuyeuse pour moi de Chances, déjà vu hier lors des Québécofolies, et surtout, surtout, l’extraordinaire découverte de Lombre, jeune artiste slammeur à l’univers riche, maîtrisant à la perfection l’émotion des mots, la puissance des mélodies émouvantes. En quelques titres seulement, Lombre emporte le morceau et gagne une nouvelle fan : moi !… Et a priori, même si cela ne présage pas de la suite, cet avis – pour le moins subjectif je le reconnais ! – semble être partagé par nombre de personnes présentes dans la salle cet après-midi…

On a beau avoir énormément de chance de pouvoir assister ainsi de manière aussi privilégiée aux concerts, parfois la vie de journaliste pose quelques cas de conscience durs (toutes proportions gardées bien sûr) à résoudre. Ainsi, ce soir, suis-je face à un cruel dilemme. D’un côté, mon coup de cœur franco-ontarien LGS. qui joue sur la scène gratuite du Vladkistan en centre ville – là où, il faut encore et toujours le souligner car c’est tellement rare, les habitants et promeneurs n’ayant pas de billets pour Pratgraussals peuvent gratuitement profiter toute la soirée de concerts d’un très très bon niveau ! -, de l’autre mon devoir de couverture des têtes d’affiche du festival. Comme il faut bien un peu de chance, je croise des amis journalistes en maraude, découvrant le festival sans s’être accrédités, juste pour le plaisir, qui me proposent de s’occuper pour moi de cette petite scène en forme de caravane. Un peu plus tard, non, beaucoup plus tard, ils me raconteront la folie qui s’est emparée de ce petit coin ombragé, cette cinquantaine de personnes présentes au début du concert de ces canadiens sautillants et de ce quasi demi-millier bondissant en chœur à la fin du set. Ils me diront les sourires ravis, l’étonnement de voir des dames à la cinquantaine dépassée depuis quelques temps jumpant le visage rayonnant. Ils me parleront de cette musique entre pop, trad,  folk et électro, ô combien festive qui emballe les cœurs et fait irrésistiblement bouger les corps. Et ils finiront, non sans m’avoir remerciée pour la découverte, par cette douce assurance de ceux qui en ont déjà tant vu, avec la certitude que ce trio magique a toute sa place sur des scènes nettement plus grandes, que ce soit ici à Pause Guitare, ou ailleurs…

Pendant ce temps, alors que s’abat sur le centre ville d’Albi une folie passagère canadienne, c’est devant Trois Cafés Gourmands que débute ma soirée de concert. Ce soir le festival affiche complet, c’est donc devant un parterre déjà fort bien rempli que le groupe du sud-ouest se produit. Quelques chansons seulement suffisent à comprendre pourquoi cette petite bande a le vent en poupe en ce moment. Lunettes vertes en plastique, short ou mini-jupe (selon le genre), mélodies faciles qui se chantent à tue-tête, ces trois cafés gourmands donnent à la plaine un petit air de fête de village, ce moment hors du temps, incroyable, où l’on sait que l’on écoute des choses plutôt moyennes (voire pire) mais où l’on s’en fiche, l’important résidant dans le moment de partage. Avec ses chansons au petit air désuet – qui laissent une grande partie du public quelque peu dubitative jusqu’à l’arrivée tant attendue de leur hit “A nos souvenirs” ! – Trois Cafés Gourmands nous procure l’impression d’être plongés au cœur d’une soirée camping estivale aux Flots Bleus en compagnie d’allemands en tongs-chaussettes-bermudas, pas follement originale ni enthousiasmante mais suffisamment légère pour être agréable. Et si je n’en ressors pas absolument chargée par la proposition, je n’en suis pas moins convaincue que c’est une belle façon de commencer cette soirée consacrée à la chanson française…

 

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Un petit break – fort bienvenu pour procéder au rafraîchissement de l’assistance – et c’est Zazie qui entre en scène. Vous ne verrez pas de photos de ce concert car, par pudeur sûrement, il nous est précisé que l’artiste ne souhaite pas de photographes, en tout cas pas nous… Bon, comme B#Aware est sympa quand même, vous pouvez aller faire un petit tour du côté du report que nous avons fait, mon complice Marc O. et moi, pour le festival Voix de Femmes où, étrangement, il n’y avait aucune restriction concernant les photographes… Ceci dit, comme à Maury quelques semaines plus tôt, Zazie nous offre un concert fabuleux, mélange de titres immédiatement reconnaissables – et donc repris en chœur par un public aux anges, et de morceaux plus méconnus mais non moins excellents. Tour à tour tendre ou énergique, fragile ou puissante, la chanteuse sait alterner les univers et les rythmes pour combler nos oreilles et nos cœurs. Sans mauvais jeu de mots, Zazie est définitivement l’une des plus grands dames de la chanson française et ce n’est pas le concert de ce soir qui va me contredire. On a beau déjà l’avoir vue, on a beau avoir l’habitude d’entendre ses chansons à la radio, aucune lassitude ne pointe à l’horizon, bien au contraire. Avec sa fougue, son énergie, son indéniable charisme, elle fait de ce moment un parenthèse enchantée, oasis de pur bonheur à peine entamée par la chaleur accablante qui pèse sur nous.

La nuit est tombée lorsque Boulevard des Airs prend possession de la scène, faisant souffler immédiatement un petit air frais sur le public de Pause Guitare. Pour le groupe désormais habitué des grandes scènes, rien de plus facile que de faire bouger un public aussi nombreux, des mélodies sautillantes qui filent une pèche d’enfer, des paroles qui se retiennent facilement et donnent envie de chanter à l’unisson, et une énergie communicative qui jamais ne retombe. C’est pop, c’est folk (un peu), c’est électro, c’est de la chanson française moderne, qui ne se prend pas au sérieux mais sait donner du plaisir aux gens. Avec un grand sourire sincère aux lèvres, les deux chanteurs du groupe savent à la perfection partager avec le public, échangeant de bonnes vibrations contre beaucoup d’amour. On croise tellement de gens qui, parce qu’ils sont sur scène, se prennent pour les nombrils du monde que se retrouver face à Boulevard des Airs, sa simplicité, sa bonne humeur visible et son bonheur évident de vivre un rêve éveillé, est toujours une joie, un petit moment doux que l’on déguste avec gourmandise.

 

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Pour clore cette soirée, c’est donc à Soprano qu’est confiée la tâche de maintenir l’énergie et l’intérêt du public. A la lecture du line-up de la soirée, on aurait pu croire que l’univers du rappeur serait un peu trop clivant pour plaire au plus grand nombre, transformant son concert en Everest trop compliqué à gravir. Et pourtant, tel le phœnix traversant différentes épreuves dans sa vidéo introductive, Soprano va bel et bien conquérir les cœurs avec ses mélodies hispanisantes, ses textes frais et légers, embrasant la fosse grâce à son énergie de tous les instants et ses chansons aux messages hyper positifs, déclenchant même une ola étonnante.  Certes, on est loin très loin, du rap revendicatif ou outrancier, et c’est bien là ce qui fait sa force. Quelques mauvais esprits que je connais me diront que l’on est plus dans la variété que dans le rap, mais peu importe le flacon pourvu que l’ivresse soit au rendez-vous. Et ce soir, pour moi comme pour les 17 000 autres personnes présentes, cela aura été une véritable explosion de bonnes vibrations, un condensé d’énergie positive rechargeant en quelques dizaines de minutes les batteries de tout le monde.

 

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C’est donc le cœur (et le pas) plus léger que tout le monde, moi y compris, quitte la plaine de Pratgraussals, heureux d’avoir vécu une soirée parfaite, sans fausse note, sans temps mort, juste baignée par sensation de bien-être que seule (très) bonne chanson française peut procurer… Dans la chaleur de la nuit albigeoise, je regagne doucement mes pénates avec en tête l’idée que demain sera encore plus fort, encore plus fou… Vivement demain, alors…