Report : Renan Luce au Théâtre de l’Archipel

Avez-vous déjà vécu cette agréable expérience de vous retrouver entouré d’amis lors d’une soirée et de voir l’un d’entre-eux prendre une guitare pour entonner quelques chansons, reprises plus ou moins maîtrisées ou, pour les plus audacieux, compos personnelles d’une intensité variable ?… Si oui, vous savez comme cela peut être délicieux de se laisser aller à cette douce rêverie musicale, comme peut être sublime cette sensation de partage et d’amitié.

En nous asseyant relativement confortablement dans le Grenat du Théâtre de l’Archipel, à quelques instants de l’entrée en scène de Renan Luce, nous ne nous doutions pas, face à ce rideau rouge impeccablement tiré, que nous allions vivre cette expérience là !… Certes, nous avions déjà eu l’occasion de voir l’artiste en scène lors de sa précédente tournée et savions qu’il était un redoutable showman, mais, est-ce le lieu, l’album qu’il défend lors de cette tournée ou la bouteille qu’il a acquis en quelques années, nous ne l’avions pas trouvé aussi détendu, posé. A le voir, d’emblée, prendre la mesure de cette grande scène et de cette non moins imposante salle, l’évidence se fit jour immédiatement, nous allions passer un excellent moment en compagnie d’un pote venu, au hasard de son road-trip, nous présenter quelques chansons de sa composition.

Et à ce petit jeu, Renan Luce est redoutable !… Loin de se la jouer superstar avec melon intégré comme tant d’autres vus sous nos chaudes latitudes, c’est avec simplicité et bonhommie qu’il va dérouler son set, alternant chansons rythmées et moments plus doux, plus tendres, instants magiques où les secrets chuchotés viennent nous caresser et nous transporter ailleurs. Un peu plus de 20 chansons pour un tour d’horizon complet de ce que sait nous offrir Renan Luce. A savoir de petites tranches de vie, la plupart du temps, croquignolesques, qui donnent le sourire et une furieuse envie de bouger et chantonner. Une vingtaine de titres d’où émergent ceux, repris en intégralité, de son dernier album, “D’une tonne à un tout petit poids”, les plus évidents, “Appelle quand tu te réveilles”, “Au téléphone avec maman” ou bien encore cette fameuse “Boîte” qui lui permettra d’interagir humoristiquement avec le public de l’Archipel, mais aussi ceux que l’on a moins entendus, “J’habitais là” en tête, et qui prennent sur scène une ampleur énorme. Une setlist qui, malgré tout, n’oublie pas les classiques, les fondamentaux que peuvent être “La lettre”, “Les Voisines”, “Le clan des miros” ou bien encore “Repenti”, et laisse une petite place à ces jolis, quoique plus anciens, textes que sont, par exemple, “Aux timides anonymes”, “24h01” , “Chien mouillé” ou “Nantes”. Sans oublier, comme une cerise sur un fraisier plein de crème, le rappel “filial” avec la reprise parfaite de “Je suis une bande de jeunes” de Renaud qui électrise littéralement la salle, nous rappelant cruellement à quel point Mister Renard manque au paysage musical français.

En somme, une heure quarante-cinq, à quelques secondes près, de pur bonheur passée en compagnie d’un chanteur simple, à la convivialité non feinte, prenant un plaisir visible à être devant nous pour nous conter ses petites histoires, entouré, ce qui ne gâche rien, d’une bande de musiciens en totale harmonie – humour compris cf le running gag sur “Le Sud” de Nino Ferrer, avec leur frontman. Et si, malgré tout, un bémol devait être émis sur ce spectacle, il concernerait la localisation même du concert. Car s’il est hautement appréciable d’être assis dans des fauteuils plutôt que debout ou assis sur du béton, si l’acoustique du Théâtre de l’Archipel est parfaite, au fil du concert, on ne put s’empêcher d’imaginer à quel point le partage aurait été plus intense, plus grand, si nous avions été au Médiator, à quelques centimètres seulement de lui. Car là, installé confortablement à la proue de son navire musical – entre parenthèses, saluons la belle idée de ce “décor” aussi sobre que visuellement intéressant et efficace -, Renan Luce semblait presque sur la réserve, comme gêné par la distance mise de facto entre lui et son public, un éloignement relatif avec la configuration assise de la salle, source d’une réactivité moins spontanée, moins forte de ce dernier. Une toute petite critique – car il en fallait bien une ! – tant ce concert était, par ailleurs, parfait, idéal pour voyager au pays des contes et merveilles de Renan Luce, là où la vie semble plus facile, plus joyeuse, où même les drames se racontent dans un sourire complice, là où rien ne semble pouvoir entamer la bonne humeur et la joie de vivre. Un moment rare, comme on en vit peu, simple et amical, comme une veillée autour d’un feu imaginaire où un troubadour facétieux vient nous chanter quelques mélodies agréables et malicieuses…

Concert du Vendredi 06 Mars 2015 /// Théâtre de l’Archipel – Le Grenat – Perpignan

Merci à l’équipe du Médiator et du Théâtre de l’Archipel pour son accueil comme toujours parfait…

 France: French singer Renan Luce performs in Ch‚teauroux's Darc Festival