The Two

Il y a des jours comme ça où l’on se sent chanceuse, où dans le doux cadre de Guitare en Scène, un festival hors normes, à taille humaine et où l’on se sent immédiatement, nous est donné l’opportunité de faire de belles rencontres. Ainsi celle avec les deux membres de The Two, à ma gauche l’helvète Thierry Jaccard et à ma droite le mauricien Yannick Nanette. Deux artistes au talent indéniable et à la gentillesse inoubliable, surtout lorsque, fatigue, stress et émotion aidant, on ressemble plus à une extra-terrestre débarquant sur Terre après un voyage de plusieurs millénaires qu’à une journaliste au top de sa forme… De cette rencontre aux contours alternatifs, pourtant, reste un magnifique moment d’échange et de discussion en toute simplicité…

A vous deux, l’un venant de Suisse, l’autre de l’Ile Maurice, vous représentez un joli voyage… Comment votre métissage musical, entre blues, jazz, musique traditionnelle, influence-t-il votre manière de créer ?
Yannick : Notre écriture vient de l’observation. Partant de l’idée qu’un artiste raconte une histoire, qu’il est un conteur, racontant sa vision du monde qui l’entoure, avec Thierry, on échange souvent sur ce qui se déroule autour de nous. Nous venons de terminer nos études et cela nous permet de brasser toutes ces impressions respectives. Nous pouvons démarrer une discussion de manière simple puis partir sur des sujets, des conversations plus complexes voire alambiquées.
Thierry : Notre écriture parle de ce quotidien, parfois complexe, et des problématiques qui en découlent.

Justement, comment vous êtes vous rencontrés ?
Yannick : Je m’étais inscrit sur Meetic Suisse en quête d’exotisme (rires complices), je cherchais un petit blanc et j’ai trouvé Thierry. Ce n’est pas le plus beau mais il ne restait que ça… J’ai pris les restes… (hilarité de Thierry) 
Thierry : C’est ça, à 3 heures du mat’, comme la voiture balai, tu prends ce qui reste…

Si le nom du groupe évoque clairement votre nombre sur scène, y’a t-il une autre signification ?
ThierryIl évoque beaucoup de choses à la fois comme la musique que nous faisons, enfin nous l’espérons. Nous avons mis du temps pour trouver un nom qui nous ressemble et nous décrive. Finalement, on a choisi quelque chose de simple. Oui, on est deux sur scène mais parfois nous formons une entité parce que nous respirons ensemble, nous posons nos voix synchronisées, les guitares s’accordent alors que sur d’autres morceaux, on donne cette impression d’être plus nombreux grâce à notre énergie.
Yannick : Cela a été compliqué de choisir mais à force de nous triturer l’esprit on a fini par se dire que puisque nous étions deux, The Two c’était parfait. Au fil du temps, la symbolique derrière le nom devient plus évidente, plus puissante puisque nos deux cultures représentent ensemble une mixité idéale. C’est à la fois le monde qui s’ouvre, les peuples qui se rencontrent et des sociétés qui cherchent à retrouver leurs racines. En cela, on peut dire que notre nom représente beaucoup plus qu’un simple nombre…

 

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Quand on vous voit sur scène ou lorsque l’on visionne vos vidéos, on sent une vraie complicité. Comment arrivez-vous à partager cette “relation intime” avec votre public ?
YannickC’est un véritable défi car chaque salle, chaque concert est différent. L’idée est vraiment d’aller chercher le public, qu’il soit ou non réceptif initialement à ce que l’on propose. Au-delà d’être un conteur, l’artiste doit aussi être un passeur de messages, d’émotions, de sensations, d’une expérience esthétique, d’un ressenti. Donc, pour nous, chaque représentation est un challenge car l’on doit rassembler le public au cœur de cette bulle intime, parfois dans des lieux qui sont grands. Nous voulons embarquer nos visiteurs dans un voyage afin qu’ils deviennent acteurs de leurs sens…
Thierry : Pour les emmener avec nous, le plus simple est d’être sincères avec nous-mêmes, de prendre du plaisir sur scène. Pour chaque événement, l’expérience est unique. Parfois, il y a des problèmes techniques et malgré tout on trouve de quoi être satisfaits, on s’adapte, on joue en acoustique, l’essentiel étant de transmettre notre message musical. Nous communiquons avec les autres avec nos mots, avec notre musique, c’est aussi pour cela que nous la laissons nous mener vers les autres, que nous la laissons créer cette rencontre avec notre public.

Avec un titre comme “TJ Sessions 001”, vous me faites penser au film “Alabama Monroe” et son ambiance bluegrass country. Est-ce que c’est une référence qui vous parle ?
ThierryCe morceau est le tout premier que nous avons clippé, il y 5 ans, avec un tournage DIY sur mon toit pour l’anecdote. En fait, cela fait partie des musiques qui nous inspirent. Avec Yannick, nous partageons plusieurs influences. Venant de l’Ile Maurice, il apporte ce bagage Créole alors que, de mon côté, j’ai grandi avec le funk, le hip-hop, le jazz. C’est pourtant sans calcul, naturellement, que nous avons vogué vers le blues et le style bluegrass country…
Yannick : Ce morceau a été influencé par Eric Bibb et son album “Booker’s guitar” (2010) que nous écoutions tous les deux. Ce disque nous a énormément touchés et sans qu’on le cherche, sans que ce soit visible, il nous a irrigué, l’inspiration ensuite est venue d’elle-même. Ensuite, que ce soit bluegrass ou redglass, ça ne change rien, c’est le cœur qui parle, nous n’avons pas de tiroirs stylistiques que nous ouvrons pour telle ou telle raison.

 

 

Qu’est-ce qui vous a fait tomber amoureux de ce bouillonnement blues, jazz, country bien loin des tendances actuelles de la pop, de l’électro ou des musiques urbaines ?…
YannickDans ma famille, tout le monde joue de la musique, c’est culturel. Mon père et mon oncle étaient des chanteurs. Le jour où j’ai demandé à mon père, vers 13 ans, s’il pouvait m’apprendre à jouer de la guitare, il m’a juste répondu : “non, va prendre ton bouquin de maths, ça ne sert à rien la guitare !”… Pour moi, ce fut la plus belle déclaration d’amour de mon papa, lui, n’ayant pas réussi malgré le feu sacré qui l’habitait, ne voulait pas que je connaisse cette déception, cette souffrance face à un espoir déçu. Car sur l’Ile, la réussite est difficile à obtenir, surtout lorsque l’on choisi d’être musicien. Si aujourd’hui on est présents ici c’est que la chance nous a accompagnés et qu’elle est aussi présente en ce moment. Malgré tout, je garde à l’esprit sa réponse. Récemment, nous l’avons invité à venir faire les choeurs sur scène lors d’un concert à Lausanne. Il m’a dit ensuite, “je sais, fils, les paroles que je t’ai dites mais tu as bien fait…”. C’est le plus beau compliment que je pouvais recevoir…

Avec votre deuxième album, “Crossed souls”, quel(s) chemin(s) avez-vous souhaité emprunter ?
Thierry : Celui d’une certaine philosophie de la vie. Nous menons des vies simples en dehors de nos concerts donc, fatalement, notre musique correspond à cela, elle est épurée, sans fioritures…
Yannick : C’est un éloge de la sobriété, comme celui de Pierre Rabhi. Son livre inspirant, “Vers la sobriété heureuse”, en est le meilleur exemple. Dans le monde actuel, où la consommation prend le pas sur l’essentiel, dans la musique comme dans les images où tout est photoshopé, coupé, retravaillé, pour correspondre à une esthétique pouvant passer à la radio ou la télé, on ne peut que souhaiter une peu de vérité, de sincérité, de naturel… Techniquement, en live, nous avons juste deux guitares et nos voix pour capter le moment présent, cela va dans le sens de cette recherche de simplicité. De même, nos textes sont le prolongement de cette volonté de ne pas être standardisé. L’album est à cette image, une réflexion sur notre parcours, nos recherches, nos amours, nos peines, le temps qui s’écoule…

Votre avenir, plus ou moins proche, vous le voyez comment ?
Yannick : On va se pacser
Thierry : Non !… Si on le fait tu ne pourras pas obtenir tes papiers…
Yannick : (rires) Alors, laisse tomber ça sert à rien !
Thierry : Nous venons de sortir ce deuxième album alors on va d’abord le faire vivre, le jouer, le partager. En décembre, nous avons un vernissage à Paris aussi… Mais nous allons surtout profiter des concerts à venir et des joies de la vie…
Yannick : En défendant encore et toujours notre travail, notre intégrité et notre démarche musicale.

 

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