Vincent Maston – “Germain dans le métro”

livre germain

Germain a tout pour lui : timide, spécialiste de musiques obscures, bègue flanqué de l’orthophoniste la moins efficace de Paris, amoureux transi de cette même effroyable orthophoniste. Pour surmonter tant de handicaps, une seule échappatoire : le métro. Mieux que ses séances hebdomadaires avec Clotilde, le réseau souterrain de Paris se transforme pour lui en véritable thérapie. Un croche-patte par-ci, un coup de coude par-là, Germain redresse les torts et se fait justice lui-même.

C’est au hasard d’un trajet qu’il croise une fille aussi douée que lui pour faire trébucher les malotrus.

Mais dans le métro comme sur un ring, on ne peut bousculer les autres sans risquer de se prendre des coups. 

Catégorie premier roman, on lit plus souvent qu’à notre tour des auto-fictions plus ou moins déguisées, des œuvres qui se veulent éblouissantes et merveilleusement bien construites et qui, la plupart du temps, se révèlent juste être boursouflées et d’un ennui profond. Aussi, quand atterri sur notre pile de livres en souffrance ce “Germain dans le métro” on commence à regarder l’objet avec circonspection, scepticisme même. Un premier roman sur un jeune homme souffrant de handicaps plus ou moins légers, qui passe sa vie à bousculer les gens dans le métro (quelle drôle d’idée !) et qui va rencontrer une jeune femme !… Forcément, avec un pitch pareil, on se dit que l’on va une fois de plus se retrouver face à un mélo bien lourd ou, dans le meilleur des cas, à une sucrerie difficile à digérer. Puis, parce que l’on a encore une conscience professionnelle, on ouvre ledit ouvrage et… on ne le referme pas !… Car Vincent Maston d’emblée a su capter l’essentiel et nous le transmettre par le biais de l’humour. Son Germain, narrateur de l’histoire qu’il vit, est comme un enfant qui traverse une existence trop grande pour lui, qui aimerait bien mais “peut point” !… A travers ses yeux, on entre dans le métro, on jauge les gens, on choisit sa “victime”. A ses côtés, on se transforme peu à peu, on quitte de vieux oripeaux castrateurs pour devenir enfin quelqu’un. Germain, c’est vous, c’est nous, c’est monsieur tout le monde, un être humain lambda qui s’est trouvé une soupape de sécurité pour ne pas exploser et qui, en rencontrant d’autres personnes comme lui, va tout à coup basculer dans une autre dimension. C’est peut-être d’ailleurs là que réside le seul point un peu faible de “Germain dans le métro”, lorsque Vincent Maston emmène son héros et son récit sur les rivages du polar. Mais comme avant cela, et même pendant !, on aura suivi avec délectation les micro-aventures du jeune homme, de ses déboires avec son orthophoniste à ses relations étranges avec son patron/ami, de sa gestion d’un père incompris et sublimé à la découverte des aléas de l’amour, de son incroyable culture musicale entièrement dédiée à ce qui se fait de plus pointu en matière de musiques actuelles à ses rendez-vous arrangés qui se transforment en amitié. Au fil des pages, que l’on dévore sans façon tant le style de Vincent Maston est fluide, on s’attache à ce Germain aussi maladroit que résolu, aussi fort à l’intérieur que nonchalant au dehors. Et quand survient la dernière page, une seule envie se fait jour, connaître la suite de l’histoire, la suite des histoires et retrouver Germain, Clotilde, Violaine, Claire, Marc et d’autres encore pour encore une ballade dans le métro parisien… juste une !

VINCENT MASTON – “Germain dans le métro”
JC Lattès /// 295 pages /// 17€ (broché) – 11,99€ (ebook)
sortie le 29 Janvier 2014