Miossec

Thierry

Christophe Miossec, ô sombre héros de l’amer

Ici-bas, tout n’est qu’éphémère, brièveté et vertige devant le vide que peut constituer une existence entière. Depuis vingt ans et son premier opus, «Boire», Christophe Miossec n’a de cesse de nous plonger tête la première dans cet abîme où se fracassent tous les navires trop humains pour ne pas se laisser aller à oublier, à refuser de réfléchir. Au fil du temps et de ces disques qui nous comblaient tout en nous déprimant au plus haut point, Miossec s’est ingénié à combler nos vides avec des mots, des sons, des mélodies, jusqu’à s’en oublier lui-même, à se perdre parfois dans les excès ou la caricature. La cinquantaine arrivée, le brestois s’est posé et, sans rien renier à ce qu’il fût, bien au contraire, est revenu aux sources, à la base même de ce qui fit son envie de musique, son désir de partage. Avec son neuvième album, «Ici-bas, ici-même», enregistré avec la complicité d’Albin de la Simone, Miossec semble enfin remettre les choses à plat, les compteurs à zéro, délaissant ses tics les plus visibles, comme cette tendance lourde à mettre des tonnes de mots dans chaque phrase, et, pour certains, les plus agaçants, pour aller vers plus de pureté, de simplicité. De ses thèmes de base, l’amour, la mort, la vie et l’intérêt de la vivre, il garde l’essentiel et ne retombe pas dans ses travers de grand dépressif plombant. Apaisé et paisible, il peut facilement nous interpeler, nous interroger sans nous prendre une nouvelle fois à rebrousse-poils. Délaissant l’accumulation vide de sens d’instruments qui ne servaient qu’à faire joli et de sonorités alambiquées, il est revenu aux basiques et, ce faisant, gagne en présence et en fluidité. Arrivé à la croisée des chemins, il laisse derrière lui ce qui était de trop, cette tentation rock qui ne collait pas, plus, forcément à ce qu’il est, à ce qu’il veut. Bien sûr, l’écriture se veut toujours à l’image de la vie, la sienne mais aussi, et surtout, désormais la notre. Car s’il est plus serein, plus en phase avec lui-même, il n’en demeure pas moins attiré par la part d’ombre qui fait l’essence même de l’être humain, cette zone où chacun cache ses peurs, ses angoisses, ses déviances plus ou moins grandes. En revenant avec cet album plus sophistiqué et plus “pensé“, il a laissé, pour un temps ou définitivement il est trop tôt pour trancher, l’acide de sa plume bien rangé au fond d’un tiroir. Reste la mélancolie et le temps qui passe en faisant son œuvre, ce qui n’est déjà pas si mal. Certains, c’est sûr, trouveront cela moins viscéral, moins radical et donc, de facto, moins bon. Pourtant, en prenant le chemin du beau sans pour autant renier son parcours précédent, sans laisser sur le bord de la route les thèmes qui lui sont chers depuis toujours, Miossec va bien au-delà de ce que l’on pouvait espérer de mieux. Alors que le combat vient à peine de commencer, celui qui le voit torturer ses propres compositions pour leur donner vie sur scène, déjà il nous met k.o avec ces chansons enchantées, ces textes à la sensibilité à fleur de peau. Jamais il n’aura été aussi accessible et c’est en se livrant un peu plus, en examinant un peu plus sa propre intimité, qu’il aura réussi cela. Vingt ans auront été nécessaires pour boucler cette première boucle, pour finir cette première étape, pour larguer les amarres et laisser derrière lui toutes ces chansons plus ou moins ordinaires qu’il a su composer. Orfèvre du dérisoire et des trajectoires humaines, Miossec occupe une place à part sur la scène musicale hexagonale, loin des feux brûlants de l’exposition médiatique par essence éphémère, mais au plus près des attentes de ses fans, tous ces gens qui, comme nous, ont un jour posé une oreille distraite sur l’une de ses chansons et ont immédiatement succombé au charme discret de cet étrange et sombre poète. Ici-bas, ici-même, tout va bien, tout baigne, Miossec commence tout juste à s’amuser et est définitivement plus beau vivant que mort !

1ère partie : Olivier Depardon

Dimanche 08 FÉVRIER /// 18h /// El Mediator ///  PERPIGNAN /// 20€>23€

 

0 0
Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleppy
Sleppy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %
Next Post

Hugues Aufray

12 mars 2015- Hugues Aufray hisse haut au Pasino de la Grande-Motte