Claire Gimatt nous ouvre la porte du monde des sorcières

baware

Pour nous, Claire Gimatt lève le voile sur son nouvel album “Sorcières”…

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Loin, très loin de nous, ou pas… Dans un univers où l’imaginaire a forcément le dessus, un monde peuplé de chimères et de sorcières, une voix douce et envoûtante nous invite, nous pousse à nous aventurer toujours un peu plus loin, avec précaution certes mais une assurance sans faille, une envie qui naît de mélodies enveloppantes et de mots oniriques. Sorcière ou “simple” passeuse, Claire Gimatt en tout cas nous ouvre les portes d’une contrée où se mêlent rêves et réalité, personnages proches ou monstres assoiffés de nos peurs. Forcément intrigués, totalement subjugués, il était donc naturel que nous demandions à l’artiste de lever – un peu – le voile sur son univers ô combien singulier…

 

 

Parle-moi de ton album “Sorcières”, comment est né ce projet ?

Ce projet d’album est né d’une envie d’aboutissement à un moment où, après plusieurs années  de scènes, d’écriture, je me suis rendue compte de mes obsessions, des thèmes qui revenaient. J’ai eu envie de les rassembler, de les mettre en regard sous la forme d’un album qui permet d’écouter, de réécouter, de lire les paroles, un ensemble de choses que j’ai souhaitées être comme un prolongement de l’imaginaire des chansons. La pochette, ainsi, représente un plongeon dans un autre monde, un trou noir au creux d’une île et l’intérieur de cette pochette est comme l’intérieur de ce monde, foisonnant. Il y a une carte postale avec un visuel par chanson en collage où l’on retrouve les paysages des chansons. Il y a aujourd’hui une disparition progressive de l’objet CD et pour moi cela avait du sens d’en faire un objet artistique rempli de surprises, de choses que l’on peut découvrir au fur et à mesure qu’on l’ouvre. Il y a même des choses qu’on ne verrait pas au premier coup d’œil, un peu comme dans mes chansons.

Pourquoi “Sorcières” ?

J’ai appelé l’album “Sorcières” parce qu’il raconte des histoires de femmes qui ont comme un bouillonnement intérieur. Elles se sentent souvent à l’étroit ou en décalage avec le monde dans lequel elles évoluent. Il y a quelque chose en elles qui demande à exploser, à s’exprimer.
Les sorcières sont des figures de femmes qui, soit par leur savoir, soit leur comportement ou leur mode de vie, vont à contre-courant de ce qu’on attend d’elles, et donc font peur. C’est cette idée d’oser faire ce que l’on a envie de faire, de chercher qui on a envie d’être, de s’autoriser à ne pas faire ce que l’on attend de nous mais ce qui nous donne de l’élan, ce qui nous fait palpiter.
Il y a, en plus, cette aura magique qui en appelle à l’imaginaire dans l’imagerie des Sorcières. Mes chansons ses déroulent dans des mondes irréels, elles sont comme des fresques avec des océans déchaînés, un monstre tentaculaire, des plantes vivantes carnivores, un ormes qui marche, un ciel apocalyptique… Ainsi, la plupart du temps je me place au cœur d’une nature très vivante, puissante, effrayante qui, elle aussi, bouillonne comme les personnages.

Quels sont les thèmes qui t’inspirent ?

Ce qui m’inspire, me trouble de manière générale, c’est ce qui échappe au quotidien, ce qui ouvre une fenêtre vers un ailleurs.
La folie. La vie a un côté absurde, on obéit tous à des rituels, à des règles de comportement et il y a quelque chose qui me touche dans les sorties de route.
La peur aussi. Comme elle peut venir nous paralyser et quel est l’élan qui permet de ne pas se laisser engluer en son sein.
Le goût du risque, oser.
La poésie comme un désordre. Ce qui est poétique finalement, ce sont les choses qui ne sont pas à leur place, les anomalies.
Qu’est-ce que c’est d’être une femme en ce moment ?… Les questions de domination et de minorités.
J’adore les sensations fortes, le bateau, l’orage, les sensations physiques me poussent aussi à écrire, me donnent envie des les traduire en mots.
Souvent, ce sont plus des images ou des sensations qui m’inspirent, me poussent à raconter quelque chose. Ce n’est qu’ensuite, parfois après plusieurs années, que je me rends compte de ce que je racontais, de ma vision de la vie au moment où j’ai écrit.

 

 

Comment définirais-tu ta musique ?

C’est avant tout de la chanson avec des textes comme des courts métrages, ou comme des rêves éveillés dans lesquels ont découvre des paysages, des décors dans lesquels évoluent des femmes qui se frayent un chemin. La musique, elle-même, raconte des histoires. Elle est parfois contemplative, parfois proche de la transe. J’utilise des textures, des atmosphères, pour amener dans des imaginaires surnaturels. Il y a du mouvement, c’est une musique très rythmique avec parfois un côté presque primitif. Je vais chercher des sensations proches du vertige ou de l’impression d’être à bout de souffle. J’ai une manière de chanter avec des inflexions qui se rapprochent de la musique andalouse ou arabe, proche de la musique méditerranéenne. J’ai en parallèle un répertoire de musique espagnole et de flamenco, donc ça influence beaucoup mon intention musicale, avec un côté plus brut, plus intense.

Parle-moi de ton processus de création…

La musique et le texte vont très vite, de pair dans mon processus de création. Le départ peut être un vers qui me vient avec des mots qui me racontent quelque chose et portent une musicalité qui me plaît. Ou une image que je vais voir ou imaginer, comme l’orme qui se déracine par exemple dans une chanson de l’album. Ensuite je m’imagine en chemise de nuit blanche le suivre, chuter, avoir le vertige en dévalant la colline, j’imagine les mérous en armure avec des roses dans la bouche… Je tire le fil de l’histoire petit à petit. Maintenant, j’ai plus conscience de ce que je raconte, de mes obsessions et donc je vais plus facilement voir où cela m’amène, que je sois en train de parler de métamorphose, d’émancipation, de s’échapper, de personnes ou de choses qui m’étouffent, qui se sentent à l’étroit.
Parfois c’est la mélodie qui initie l’ensemble mais dans tous les cas ce sont le texte et la mélodie qui me servent de guide. J’aime partir de la mélodie, comme ça tout est possible. Je crée mon chemin de voix qui va, aussi, avec une rythmique et, seulement après, je cherche un accompagnement au piano ou, sur ordinateur, je crée un arrangement avec des timbres, des textures que je recherche. Je compose ligne par ligne, comme des contrechants, dans une logique d’écriture proche des musiques anciennes ou arabes.

As-tu hâte de retrouver la scène ?… Parle-moi de ton spectacle…

Oui, comme tous, j’ai hâte de retrouver la scène car c’est quelque chose qui me nourrit énormément, qui me redonne su souffle. J’aime l’intensité, l’excitation que cela procure, c’est un défi. C’est un moment que nous offre le public, un moment où tous nos sens sont en éveil, où on est dans une concentration particulière, comme sur un fil, en équilibre avec les muscles tendus. Et en même temps dans une détente, un lâcher prise de la tête.
Je joue soit en solo, dans une forme qui existe depuis deux ans maintenant avec mon clavier et mes machines, soit en trio avec deux femmes, une batteuse et une violoncelliste, qui chantent aussi les choeurs. Avec elles, c’est un nouveau spectacle que nous avons créé mais que nous n’avons jamais joué en public – à part les professionnels. Les filles ont chacune une identité forte, complémentaire, avec un côté très “terre” de la batterie qui contraste ave le côté lyrique du violoncelle. Moi, je suis au clavier et je lance aussi des nappes électroniques, des atmosphères qui amènent le côté surnaturel dans la musique. C’est comme un chant ou même un cri de femmes, à trois voix, qui fait résonner ces histoires avec toutes ces héroïnes présentes dans mes chansons.

Propos recueillis par Géraldine pour B#Aware

CLAIRE GIMATT – “Sorcières”
sortie le 9 avril 2021

en découvrir plus : www.clairegimatt.fr

 

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