Kery James

Il monte sur scène comme on monte sur un ring, pour livrer un combat à mort avec l’intolérance, les préjugés, ces petites mauvaises odeurs qui rendent parfois le pays irrespirable. Militant au verbe incandescent, il projette sur le mur de nos vies des ombres qui nous ressemblent, des images qui nous parlent, nous bousculent, parfois nous heurtent dans nos convictions les plus profondes. Son arme est douce, quoique que percutante, faite de mots et de punchlines, de beats diaboliques et de mélodies entêtantes. Miroir non déformant d’une société en perdition, son rap nous emmène sur les chemins de traverse d’une jeunesse – mais pas que… – confrontée à la violence d’un système qui veut de moins en moins d’eux, d’une société qui a peur d’eux mais aussi d’elle-même. Avec “Mouhammad Alix”, son septième et dernier album en date, Kery James fait ce constat aussi dramatique qu’effrayant d’un monde qui érige des barrières au lieu de tendre la main, se servant de sa musique, de ses mots pour exprimer son incompréhension, sa rage, prouvant, si besoin était, qu’on pouvait encore avoir en soi une révolte positive à l’approche de la quarantaine. Rappeur conscient, artiste engagé, il n’hésite pas ainsi à réserver une partie de ses gains pour une association œuvrant auprès des jeunes issus de milieux dits défavorisés pour leur offrir un soutien scolaire ou des études supérieures. Comme quoi il est encore possible d’avoir un discours en phase avec ses actes, avec ses convictions !… Une bouffée d’air pur somme toute en ces temps où la parole politique et publique souffre du mensonge et de l’arrogance… Résolument du côté des faibles, des opprimés, des laissés pour compte, Kery James est de ces artistes engagés qui ne se résolvent pas à baisser les bras, à abdiquer devant le fait accompli. Alors il prend sa plume, crache son venin le long de punchlines frontales et revendicatrices, se posant en grand frère plus adepte de la remise en question intelligente de la société française que des clashs à deux balles. Explosif et indompté, Kery James monte sur la scène du Mediator comme sur le ring, le poing levé et la rage au ventre, avec comme seul et unique objectif de mettre à terre à grands coups d’uppercuts soniques tous ces fous qui utilisent la haine et la peur pour exacerber les tensions et les monter d’infranchissables murs entre les gens et vient nous livrer sa vérité, celle qui vient de la rue et se teinte aux accents d’une musique nègre qui donne une irrésistible envie de bouger.

MARDI 07 MARS 2017 /// 21h
EL MEDIATOR – Avenue du Maréchal Leclerc – PERPIGNAN
20€>23€

www.elmediator.org – 04.68.62.62.00