Lorsque le monde extérieur ressemble à une mauvaise copie qui prend l’eau, à une kermesse cynique où les promesses s’effondrent dans des eaux sales, à un grand naufrage collectif, parfois, une voix chaude et envoûtante, telle que celle de David Charvy choisit l’insoumission par le vide, par le sabotage intime et, dans une ambiance rock crépusculaire, trace les grandes lignes d’une désertion magnifique, retraite choisie autant que repli stratégique où l’on dresse des barricades mentales pour protéger le peu qui palpite encore.
Sur le fil du rasoir, les mots claquent comme des portes closes au nez de l’époque. Ici, les espoirs globaux et les paniques de masse glissent sans infuser, rejetés par un esprit devenu le seul abri valable. Ne restent que la fatigue sainte, la poussière intime et l’amour absolu pour les quelques-uns qui peuplent le cercle restreint des vivants. Esthétique du détachement souverain, chute libre et infinie à travers des réalités liquides qui rappellent les vertiges visuels et les illusions de perception à la Leandro Erlich, les architectures intimes s’affaissent, la foule perd ses traits dans la tempête, mais au centre du maelström, un faible rayon de lumière tient bon.
David Charvy distille ses secondes une à une, avec la ferveur des condamnés qui ont trouvé la clé des champs, avec ce credo que l’on rêve de s’approprier : “Je ferme les yeux sur ce monde“. La tension s’étire, électrique et mélancolique, oscillant entre le dégoût du vacarme et l’urgence de l’épure, jusqu’à ce que le ressac final vienne tout laver. Reste une phrase, gravée à l’acide, ultime politesse d’un homme qui préfère regarder la mer plutôt que d’écouter les prophètes de comptoir : “Excusez-moi, j’ai tant de choses à faire et le monde peut se taire“.







