Lakolyn – “Maux Roses”

Certains, pour nous dire les maux de leurs vies, nous assènent de longues litanies douloureuses ou nous heurtent à grands renforts de distorsion et de mélodies violentes. On peut aimer, cela va sans dire, mais on peut aussi apprécier ceux, plus rares, qui optent pour la douceur, la poésie parfois proche du non-sens, le jeu avec les mots qui servent de paravents à toutes les douleurs, toutes les folies. Assurément, Lakolyn fait partie de cette seconde catégorie, lui qui nous offre quatorze petites tranches de vie colorées pastel, quatorze titres pour faire le point sans user des poings, quatorze chansons où la douceur des notes cache bien son jeu et fait passer sans que l’on y prenne garde quelques notions tout sauf agréables. Sur la carte du tendre de ce sudiste il y a des amours et des passions, des rêves et des blessures plus ou moins cicatrisées, de l’innocence (un peu) et de la volupté (beaucoup), quelques notes fluos pour sourire et de longues chevauchées pop pour s’évader le long des golfs clairs obscurs, il y a quelques fous qui cherchent à nous faire entrer dans ces tombes qu’ils ont creusé avec leurs propres pelles, il y a des cris et des coups, des corps qui s’attirent et se repoussent, se collent et se clashent, des amours qui gagnent et d’autres qui tombent des falaises, bref, la vie quoi !
Avec ce premier album en français, Lakolyn qui nous avait habitué à speaker dans la langue de Shakespeare nous offre un merveilleux moment suspendu, une sorte de rêve éveillé que l’on parcourt à cheval sur un nuage de ouate. Et s’il se positionne quelque part dans la même galaxie que -M- (en moins énervé) et Julien Doré (en nettement moins énervant), c’est bel et bien une route originale qu’il suit et nous invite à suivre, un chemin un peu surréaliste, très poétique, écrin délicat qui ravit nos sens et nos corps sans jamais nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. Autant dire que nous embarquons bien volontiers dans son navire amiral et espérons fortement que la croisière sera longue…