Pause Guitare… un festival de rêves ! (1er jour)

On a beau râler régulièrement sur le manque cruel de concerts xxl, mais lorsque l’on vit dans le sud de la France, on sait que l’été venu on aura l’immense chance de pouvoir admirer tous les artistes que l’on aime (ou presque), et en découvrir beaucoup d’autres dans d’excellentes conditions – pour peu que l’on aime les endroits très peuplés ! – et à des prix souvent abordables. Alors, dès que s’approche juillet, on se remet en route, choisissant avec soin le ou les festivals qui vont à coup sûr nous procurer de belles sensations. Là, il y a les habitudes, les lieux où l’on peut aller les yeux fermés, les événements qui, on le sait, ne nous décevront pas ou, a contrario, que l’on évitera car ayant perdu de leur charme, de leur intérêt, ou pire de leur professionnalisme !… Puis il y a les paris que l’on fait, sauts dans l’inconnu qui peuvent s’avérer payants ou se transformer en catastrophe absolue. Ce long préambule pour dire que c’est avec une pointe d’appréhension que je fis le choix de Pause Guitare pour débuter cet été de festivals. Certes, le programme était sur le papier très intéressant, varié, suffisamment grand public et n’ayant pas (encore ?) succombé aux sirènes du tout rap, la ville d’Albi fort agréable et belle, les conditions d’accueil selon tous les avis fort sympas. Mais cela serait-il suffisant pour me faire vibrer ?

A peine arrivée, alors que le festival a commencé doucement avec les concert de Marc Lavoine et Govrache (vainqueur 2018 du Prix Magyd Cherfi), de l’avis de tous ceux que j’ai rencontrés des prestations fort réussies, me voici propulsée directement dans un tourbillon qui ne me laissera pas le temps de souffler. Direction l’espace Athanor où, après avoir croisé de nombreux pros réunis dans un patio où se déroule des plateaux radio, pour d’informelles discussions que l’on suppose productives, je regagne la fraicheur du théâtre pour découvrir la fine fleur de la musique canadienne réunie au sein d’une session Québécofolies. Chances ouvre le bal avec sa pop douce, planante, petite bulle fragile dans un océan de brutalité. Avec son univers tendre, le groupe nous plonge dans une atmosphère propice à la rêverie, à l’introspection. Musique métissée, ambiance électro-pop aérienne, le groupe québécois nous caresse délicatement et séduit en douceur les professionnels venus l’admirer sans pour autant déclencher l’hystérie.  A peine le temps de souffler qu’arrive Comme dans un film et sa folk pop bon enfant, chansons comme des bribes de vie, faciles d’accès et pleines de bonne humeur. Si le set faiblit un peu en court de route, l’ensemble se tient bien et nous procure de bonnes sensations. Puis vient le tour de Damien Robitaille, de sa bonhommie et de son humour bon enfant qui, pour une raison qui nous échappe, laisse le public professionnel de marbre. Pourtant ses chansons rigolotes et rythmées ont de quoi transporter les foules. Mais cela n’arrive pas cet après-midi, laissant le chanteur à la fois heureux d’être là mais un peu décontenancé par l’accueil du public. Ce qui n’arrivera pas avec les franco-ontariens de LGS. qui littéralement mettent le feu à l’Athanor, mettant le public debout en moins d’un quart d’heure et poussant ceux qui habituellement restent de marbre à danser sans se poser de question. Il faut dire que la pop électro hyper rythmée que délivre le groupe est de celle qui donne immédiatement la pèche, qui file un franc et massif sourire avant de pousser irrésistiblement vers un dancefloor imaginaire. C’est indéniablement le gros coup de cœur de cette édition des Québécofolies pour la majeure partie des spectateurs et, à n’en pas douter, leur prestation a tellement marqué les esprits qu’ il serait fort étonnant qu’on ne retrouve pas le groupe dans un maximum de festivals l’an prochain.

 

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Et c’est là que le drame arrive :)… La particularité de Pause Guitare est en effet d’avoir deux sites bien distincts pour le soir : Pratgraussals qui accueille les têtes d’affiche et le centre ville qui ouvre son espace aux artistes émergents sur des scènes gratuites. Problème, tout ce joli petit monde joue en même temps. C’est donc l’heure d’un choix cornélien : soutenir les artistes et groupes en devenir ou aller se rassasier avec les headliners fabuleux que nous propose le festival. Pour ce premier soir, ce sera donc direction Pratgraussals pour une bonne tranche de sons décoiffants. Enfin ça, c’est ce qui était prévu… Premiers arrivés sur scène, premiers servis et première belle surprise avec les Hôtesses d’Hilaire qui balance un gros son qui claque, martelant un rock inspiré enveloppant à merveille des chansons qui font sens. Je m’attendais à une gentille farce canadienne et je me retrouve face à un groupe qui joue fort et bien, face à un chanteur qui en impose encore plus par la qualité de sa voix que par son gabarit. Avec son look mi-viking, mi-gourou, sa toge blanche et sa barbe grisonnante du plus bel effet, une bouteille de vin rouge à la main, ce barde acadien a surpris le public en lui offrant un concert sans faire faillite, en jetant dans la foule avec délectation des mots criants de vérité…

 

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Dans la foulée, Garbage, qui pourtant sait y faire rayon pop rock, parait presque fade, en tout cas un cran en dessous de ce à quoi l’on pouvait s’attendre. Si Shirley, au look improbable avec sa tunique fleurie, ses cheveux rouges à moitié rasés, donne de la voix et sait nous embarquer dans des titres imparables, on se dit que les musiciens qui l’accompagnent, eux, semblent s’ennuyer doucement, faisant le job sans enthousiasme particulier. Peut-être n’est-ce qu’une attitude travaillée mais au final c’est une impression mitigée qui persiste en moi à l’issue de ce concert, comme si j’avais assisté à deux shows en même temps. Reste, malgré tout, que certains titres nous embarquent sans coup férir pour un délicieux voyage dans les nineties… De quoi oublier tout le reste…

 

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Etrange sensation qui va me mettre dans une énergie particulière avant l’entrée sur scène de Ben Harper and the Innocent Criminals. Pour l’avoir déjà vu, et apprécier plutôt son univers, je sais qu’en me posant devant Ben Harper, je ne peux pas m’attendre à un concert de folie, où tout le monde jumpe, pogote ou stage-dive.  Cette nouvelle fois ne déroge pas à la règle puisque le guitariste, comme caché sous son Borsalino beige, va nous embarquer dans son univers tout, restant le plus froid possible, confortablement installé dans sa bulle et n’échangeant que rarement avec les spectateurs et enfilant les titres comme d’autres prennent le métro, laissant à ses musiciens le soin de partager un peu de folie avec l’assistance. Une apparente froideur qui n’empêche pas sa virtuosité et son talent, deux facettes qui nous font oublier très vite le musicien pour nous plonger dans un bain électrique où se mêlent les styles et les rythmes. Et si le temps parfois paraît un peu long, on ne peut s’empêcher d’admirer la technique et le brio de ce musicien hors pair.

 

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De quoi, mine de rien, me mettre dans de bonnes dispositions avant le morceau de roi de la soirée – M –, artiste là aussi que j’ai déjà vu sur scène et dont j’attends avec impatience la prestation. Une impatience qui va vite  être douchée par ce que je découvre. Seul en scène, Matthieu Chedid, même accompagné d’automates au postulat intéressant, mais au concept déjà vu en mieux chez Stephan Eicher, commence par quelques titres de mise en jambe, laissant augurer du meilleur. Puis vient le début de la catastrophe avec des sonorités électro qui ouvrent la voie à un rap un peu laborieux. En me demandant dans quelle galère ce génial musicien est allé se fourrer, et surtout pour quelle mauvaise raison, je décide de ne pas souffrir davantage et quitte le site, préférant attendre que l’homme aux doigts magiques reviennent à ses premières amours pour ne pas abimer plus mon opinion…

 

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Demain est un autre jour et, à n’en pas douter, l’affiche qui nous sera offert en ce jour 2 devrait combler à nouveau mes attentes… A suivre…