Stephan Eicher

Au début il y eut des machines, synthés organiques qui créèrent un univers peuplé de mots bleus et de sonorités électroniques si typique des années 80. Seul ou avec les groupes Grauzone ou The Noise Boys, Stephan Eicher hantait alors les scènes européennes, quittant régulièrement sa Suisse natale pour aller porter sa bonne parole un peu partout. Puis vint l’envie de tourner seul, poussé qu’il fut par Martin Hess, son manager ami, qui le propulsa sur la scène des Transmusicales de Rennes, du Printemps de Bourges ou des mythiques et hype Bains Douches parisiens. Premières rencontres avec lui et premiers succès dans cet hexagone friand à l’époque de nouveautés. L’abandon de la formule 100% machines et la rencontre avec Philippe Djian en fit, par la grâce de quelques titres fabuleux (“Déjeuner en paix”“Pas d’ami (comme toi)”“Tu ne me dois rien”“Ni remords ni regrets”), l’un des chouchous du public français, de ceux capables de soulever les foules et les cœurs. Artiste bohème, inclassable, chantant aussi bien en français qu’en anglais, italien, allemand ou suisse, Stephan Eicher ne suit que son envie, refusant le confort d’une route toute tracée pour privilégier l’instinct, l’expérimentation, au risque, quand il s’aventure sur des terres plus symphoniques de dérouter ses fans. Vingt ans plus tard, après treize albums et une foultitude de concerts, lui vint l’envie de changer encore de registre, de surprendre une fois de plus son public. Et comme un clin d’œil au passé, le voici qui, seul sur scène, prend le pari risqué de se confronter une nouvelle fois à des machines. Mais, cette fois-ci, ce ne sont plus des synthés mais un orchestre d’instruments automatisés, robots musicaux alliant régularité absolue et sonorités inhabituelles. Entre ses titres phares revisités pour l’occasion et de nouvelles compositions, comme les “Si tu veux que je chante”“Doux dos” ou “Prisonnière” écrits par son complice Philippe Djian, le voici qui ouvre un cabinet de curiosités musicales auquel nous ne sommes pas préparés, qui d’emblée titille notre curiosité et le positionne autant comme un magicien qu’un chanteur. Loin des conventions, des stéréotypes, il se libère encore un peu plus, utilisant l’humour comme lien idéal pour nous emmener dans sa petite boutique des automates. Résultat, il nous offre un spectacle jubilatoire, extraordinairement et paradoxalement vivant, un moment inouï où même les fans les plus vieux – dont nous sommes – redécouvrent son répertoire et se surprennent à ouvrir grand les yeux d’émerveillement. Défi scénique et artistique, ce “Stephan Eicher und die automaten” est une réussite totale, une pure merveille créative que place l’artiste au centre de l’univers et le spectateur dans une incroyable proximité. En s’amusant avec ses robots, en renouant tant d’années après avec des machines, Stephan Eicher se réinvente et nous offre l’un des plus beaux spectacles de ces dernières années, une soirée à la poésie baroque hors du temps.

MERCREDI 16 MARS /// 20h30
THÉÂTRE JEAN ALARY – 3 rue Courtejaire – CARCASSONNE
de 23€ à 36€