Quand nos bouches ne recrachent plus que des interjections tronquées et des tics numériques, peu à peu notre esprit s’asphyxie dans le vide vertigineux de l’époque. Avec nos regards tristes et fatalistes, on ne peut qu’observer le naufrage d’une syntaxe autrefois noble, noyée sous le flux continu de nos écrans saturés. Avec “Des lols et des quoi“, Mylène Farmer se joue de ce monde qui tombe et nous interpelle sur cette langue qui mérite tant notre admiration, sur ce verbe qui permet de trouve un pouvoir de subsistance face à la banalité ambiante.
Choc frontal entre la pauvreté des réflexes instantanés et la chair vibrante d’un lexique séculaire, face à l’effondrement des nuances, la poésie se dresse comme l’ultime rempart contre la dissolution de la pensée. Et si Ronsard se retourne dans sa tombe pendant que les âmes errantes, abruties par les dépendances modernes et le spleen numérique, flirtent parfois avec l’idée d’un effacement définitif, face à la tentation du grand saut plane sur ces syllabes appauvries où la dépression quotidienne devient la seule monnaie d’échange, Mylène, elle, ne rend pas les armes et avec ses mots, sa façon unique de les enrober d’une mélodie au beat envoûtant, remet l’église au centre du village.
Entre mélancolie amère et sursaut d’orgueil, cette trajectoire sonore dresse le constat lucide d’une génération au bord du gouffre, prête à capituler mais encore capable de s’émerveiller d’un délié. Sans en avoir l’air, une fois encore, Mylène Farmer nous offre une œuvre essentielle, désillusionnée et somptueuse, qui redonne aux mots leur pouvoir de guérison immédiat.





