Dans le silence épais des nuits où le miroir des salles de bains obscures deviennent des tribunaux, là où l’on compte les imperfections comme autant de condamnations, il y a des corps qui se regardent comme on regarde une erreur de jeunesse, il y a des gueules qu’on aurait voulu sculpter autrement, plus belles ou plus lisses, plus dures ou plus sérieuses, en tout cas capables de faire taire les regards de travers et les rires qui collent à la peau comme de la graisse ancienne.
On peut alors mettre un mouchoir pudique dessus ou, comme TeddyBear avec “Le plus beau“ (tiré de l’album éponyme qui sort le 30 octobre prochain), en tirer une confession d’une honnêteté brutale. Posant un regard d’une lucidité effrayante sur les ravages du mépris ordinaire. il ouvre cette plaie sans y mettre de baume immédiat, et il rêve d’un torse qui rendrait imbécile aussi les filles que les garçons, d’abdos qui n’existent pas même dans les rêves, de silhouette qui ne serait plus celle du gentil gros que l’on nomme ainsi encore, bien des années plus tard, avec la même tendresse moqueuse.
Pourtant, au cœur de cette mélancolie poisseuse, une étincelle d’insolence finit par embraser le désespoir pour laisser place à une résurrection magnifique. La vulnérabilité se mue en une armure rutilante, en bras d’honneur joyeux adressé à la tyrannie des canons esthétiques et à tous ceux qui jugent de haut sans jamais comprendre la douleur des malades invisibles. On contemple dès lors le vide non plus comme une menace mais comme une pâte à modeler possible, où les draps se transforment en digues étanches pour contenir des larmes qui ne sont plus seulement d’eau. C’est là, dans cette zone grise entre le désir d’être un autre et la fatigue d’être soi, que quelque chose bascule. Lentement, presque à contrecœur, s’élève une affirmation qui n’a rien de triomphal. Peut-être n’est-on pas le plus beau, mais on emmerde le monde avec ses défauts, et plus ça va, plus on s’aime. Cette beauté-là n’est pas une conquête, bien au contraire. C’est une trêve conclue avec soi-même, une sorte de pacte fragile que l’on signe sous le regard invisible de ceux qui, chaque matin, ne voient que leurs failles dès qu’ils passent devant la fenêtre.
À tous les pas beaux, aux laids fiers de l’être, aux malades invisibles et aux tristes de leur tête, TeddyBear tend cette main tendue comme une promesse tenue quelque part entre le toit et les draps. Et quand, à la fin, il affirme être le plus beau (en tout cas selon sa mère !), on entend non pas de l’arrogance, mais la douceur d’une conviction arrachée de haute lutte, une lumière pâle qui perce la mélancolie sans jamais l’effacer tout à fait. Comment, une fois de plus, ne pas souscrire à ce cri du cœur d’une sincérité désarmante ?!… En tout cas, titre après titre, TeddyBear prend une place de plus en plus grande dans nos cœurs !







