Sous le ciel lourd d’une époque qui s’égosille à l’encre des cristaux liquide de nos écrans, la poésie n’est plus une promenade de santé mais une autodéfense, elle s’invite là où le quotidien a le goût des larmes, là où l’enfance s’écorche les genoux sur l’indifférence des grands nombres, là où les rêves se fracassent sur l’autel de jeux d’enfants qui dérapent en délires d’adultes. Wyll débarque dans ce tumulte avec la fureur d’un romantique qui aurait troqué la plume contre un ampli en surchauffe et un flow d’artificier. Sa prose est un uppercut habillé de soie, une urgence absolue qui refuse de s’aligner sur le tempo léthargique de nos écrans blasés.
On nous vend un monde en solde, une loterie macabre où les cœurs s’éteignent dans le silence numérique d’un smartphone. Face au grand fracas des algorithmes et des cours d’écoles devenues des arènes de poche, “Bang bang“ se dresse comme un monument de lucidité révoltée, où l’insolence d’un vieux riff de rock vient chauffer à blanc des mots qui slaloment entre la chanson française à texte et le rap de tranchée pour mieux nous offrir une confession à cœur ouvert qui évite le piège de la morale bien-pensante pour préférer la noble colère des poètes de rue.
Sans artifice, Wyll dresse le constat d’une humanité anesthésiée, capable de regarder l’apocalypse en grignotant du pop-corn, tout en portant haut ces mots salvateurs pour ceux qui savent que le verbe est la seule arme contre le désespoir. Il y a du dandy désabusé et du justicier en rupture de ban dans cette trajectoire et, au milieu du chaos généralisé, sa voix n’est pas un énième bruit de fond, c’est une prière électrique, un sursaut magnifique pour que le battement de nos poitrines l’emporte enfin sur le vacarme des illusions.






