Romain Gavras a toujours eu ce talent rare de transformer la violence en quelque chose de beau, presque sacré. Avec GENER8ION porté en association avec le producteur Surkin, il pousse le curseur encore plus loin, là où peu se sont aventurés ces dernières années. Soit, sept minutes (en version longue) d’un court-métrage glaçant, tourné dans un pensionnat de garçons où les adultes pointent aux abonnés absents et où l’ordre a définitivement craqué, transcendé par le rappeur suédois Yung Lean en caïd charismatique et terrifiant, sorte de seigneur adolescent qui règne par la peur et le mouvement. Autour de lui, les corps se percutent, se soulèvent, se brisent tantôt en une danse guerrière d’une précision hallucinante, tantôt en une houle hypnotique dévastatrice pour nos sens, le tout signé par le chorégraphe Damien Jalet. Sur une production électro tendue, martiale, presque tribale de Surkin, le morceau respire comme un pouls qui s’emballe, sans refrain facile, avec juste cette montée sourde, cette tension qui ne retombe jamais vraiment. Gavras filme la sauvagerie adolescente comme on filme une émeute ou une cérémonie barbare, se focalisant sur les regards vides, les gestes précis, la beauté qui surgit dans la brutalité même. “Storm“ nous parle d’une jeunesse qui n’a plus rien à perdre, de hiérarchies qui se reforment dans le chaos, de ce moment où l’innocence devient arme. C’est violent, hypnotique, et étrangement beau. C’est le genre d’objet visuel qui reste collé à la rétine bien après que la dernière note se soit tue et doit donc être partagé le plus largement possible.





