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Pierre Nesta

baware 20 août 2018 0
Pierre Nesta

Voyageur des mots, des routes, des sensations, Pierre Nesta nous fait vibrer avec ses mélodies qui, pour être douces à écouter, n’en demeurent pas moins d’une incroyable puissance au niveau des émotions… Profitant d’une petite pause au Reggae Sun Ska de cet artiste aussi attachant que passionnant, nous avons posé à notre tour nos bagages pour échanger sous un soleil de plomb sur quelques sujets…

Dans ta chanson «Voyageur», tu partages ton amour de la découverte d’autres terres, d’autres cultures, une belle palette de l’humanité comme tu le dis si justement… Quelles sont les choses que tu aimes découvrir sur ces routes ?
Ce qui me plaît le plus dans ces moments de voyage est ce que j’appelle : la présence obligatoire. Lorsque tu es installé dans ta routine, tu peux te laisser aller à tes pensées imaginatives et tes habitudes prennent le contrôle de ta vie. Alors qu’avec ce voyage au quotidien, pas celui des vacances, tu es obligé d’être présent, à l’affût afin de trouver un logement pour le soir, à manger dans la journée ou encore des informations sur les endroits à parcourir. Ce qui t’oblige à être à l’écoute des autres, poser des questions, comprendre leurs coutumes, leurs façon de vivre. Tu rencontres des personnes sur ta route et à travers elles, tu te rencontres et te redécouvres autrement, en sortant du confort quotidien qui, au final, nous pollue.

Où trouves-tu l’inspiration et quel(s) groupe(s) ont éventuellement contribué à faire grandir ton envie d’écrire, de chanter ?
Ma toute première chanson, je l’ai écrite en anglais. A l’époque, je lisais énormément les paroles de Michael Jackson. Grâce à un ami qui possédait les partitions complètes, je cherchais à comprendre ses textes, ses messages tout en apprenant l’anglais. Ce fut donc une évidence de composer mon premier titre en anglais. Et puis, je ne souhaitais pas écrire en français au départ car c’est souvent une exigence que l’on s’impose, lorsque l’on écrit dans sa langue maternelle. Parallèlement, j’ai commencé à jouer de la guitare sur les morceaux de Mickael. Quant au chanteur qui m’a influencé, c’est clairement Bob Marley. Dès 8 ans, il a bercé mon enfance, une découverte initiée par mon cousin. En grandissant, je l’ai écouté partout, dans les bouchons de Paris, chez moi ou en marchant. Son cri a inspiré le mien, celui de la libération ou de la contestation. J’aime ce qu’il m’apporte en termes musicaux et spirituels.

Est-ce pour cela que l’anglais a été si présent dans ta musique ?
Oui, cela m’a aidé à sortir de l’influence de la variété française, à avoir une ouverture sur un monde où les Américains avaient le monopole sur des projets aboutis. Même les Anglais proposaient de la qualité, je parle des Beatles ou de Pink Floyd. Ils étaient largement au-dessus de ce qui se produisait en France. L’anglais m’a permis d’étendre mes frontières. Ce rythme redondant de la variété, avec des sujets d’amour triste, cette monotonie ne me convenait pas.

Dans ton dernier album tu possèdes une véritable identité musicale, parles-nous de ton processus de création ?
Je ne force rien. Je ne suis pas un bourreau de travail, je laisse l’écriture m’envahir. Parfois, je peux composer 5 ou 6 chansons dans la semaine. Je pense que toute l’information existe déjà, je la reçois et je la transmets. Ce serait prétentieux de dire que j’ai fabriqué cette chanson et qu’elle m’appartient. Je télécharge ce que j’ai besoin sur le moment, il faut juste être réceptif à la réponse. Pour moi, l’histoire s’écrit ainsi, couplet, mélodie et énergie. Si une chanson n’est pas terminée d’un trait alors je la laisse, si elle n’est pas inspirée, elle ne sonnera pas juste. Il peut s’écouler six mois sans que j’écrive une seule ligne, je ne m’en inquiète pas. Quand le moment idéal est là, c’est comme si j’ouvrais ma boîte aux lettres et que je recevais les morceaux, simplement.

Il y a un dicton qui dit : vous avez deux vies, la deuxième commence lorsque vous comprenez que vous n’en avez qu’une !… Vous, votre changement de vie et de vision musicale a commencé lorsque vous avez débarqué en Jamaïque, partagez avec nous cette expérience.
A cette époque, je doutais de mes compositions. J’ai eu une phase de chansons française acerbes et assez cyniques. Cela me positionnait dans une vibration négative. En arrivant en Jamaïque, j’ai renoué avec mon amour pour la musique Reggae. Ressentir l’énergie de ce peuple, leur adaptation, leur création permanente, ça m’a boosté. En deux jours, avec les musiciens, nous avons enregistré 11 titres. Je m’y suis rendu à 5 reprises. En France, ce processus aurait mis un voire deux mois. Ce fut un choc de comprendre qu’ici c’était plus facile car l’entourage et les vibrations m’envahissaient constamment. Ces musiciens magiciens qui jouent avec de grands artistes tel que Jimmy Cliff ou Morgan Heritage. Ils produisent du roots et du reggae comme ils respirent. Cet album, n’a pas été simple à confectionner en autoproduction mais il a été évident. J’ai commencé par faire le tour du pays, sans contact au départ. Ma guitare m’accompagne partout, du coup les gens m’appellent créant des rencontres, des liens. Ces personnes font jaillir une lumière intense de vie, un feu qui ne peut s’éteindre. A tous les coins de rues, il y a un musicien talentueux, la cuisinière d’un restaurant chante, le barmaid chante, le gars sur un banc chante, c’est vivant et coloré. En Jamaïque, les personnes attendent leur tour pour avoir le micro en main et chanter, alors qu’en France personne n’ose. J’ai rencontré des rastas qui m’ont déconditionnés, ré-appris à vivre, à vibrer ensemble, à préserver nos ressources et respecter la nature. Une manière de vivre qui m’a reconnecté à la culture d’une vie où l’humain est un composant de la terre et non de son égocentrisme. Et la musique reggae amène ces goods vibes.

C’est à Kingston que tu as enregistré ton EP «Smile», autour de musiciens talentueux. Le pays possède une vraie différence d’atmosphère alors comment l’as-tu vécu ?
Il s’agit de la première partie du dernier album «Voyageur». Cette ville m’a rappelé mon quartier de jeunesse, Vaulx-en-Velin près de Lyon. Le principe est universel, si tu déplaces en victime, tu attires les problèmes, si tu vas dans des endroits où tu ne devrais pas être, tu auras des ennuis. Il suffit de déclencher un système préventif. Personnellement, je n’ai jamais eu de soucis. J’y ai séjourné 5 mois. Et la plupart du temps, la police vient interrompre les soirées, car le reggae véhicule des messages pour raviver les consciences et ça dérange.

Le surf et le yoga sont devenus, grâce aux aléas des expériences de ta vie, un véritable pilier de bien-être que l’on retrouve à travers vos mots. Quel message souhaites tu véhiculer ?
Je ne sais pas si je suis assez exemplaire pour être un exemple. En tout cas, j’ai trouvé mon mentor : Eckhart Tolle, l’auteur du livre «Le pouvoir du moment présent». Je l’ai découvert en même temps que la pratique du yoga. Les deux combinés ensemble forment un bel apprentissage de reconnexion intérieure. La base de la vie est la présence à travers la respiration, la concentration, son bien-être originel. Lorsque je reçois mes textes, c’est comme une sorte de post-it remplit d’amour. Je le répète tel un mantra quotidien.

Où souhaites-tu faire voyager tes futurs projets ?
A la fin du mois de septembre, je voguerai vers l’Île Maurice. J’ai hâte d’y être, grâce aux premières rencontres de musiciens issus de ce beau pays. Ils sont ouverts, créatifs et tellement avancés musicalement avec ces influences Indiennes et leurs percussions. Par la suite, pourquoi pas en Inde, car il s’y organise plusieurs festivals de reggae et je n’ai pas encore eu le bonheur de fouler leur terre. Les couleurs du reggae varient en fonction de son pays d’origine, le mien est un « fréggae » (french-reggae), le « Séggae » pour les Mauriciens et en Inde pareil, chacun apporte ses notes et ajoute sa particularité. La pompe de Georges Brassens s’approche des rythmes skank et s’apparente au reggae. Chacun confectionne sa recette avec les épices qu’il possède dans ses armoires.

interview et photos : Liza Brume

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