Les miroirs de l’opulence renvoient parfois des ombres plus effrayantes que les ténèbres les plus sombres, et ces spectres dorés qui s’entourent de richesses immenses tout en s’asphyxiant lentement dans une solitude absolue et dévorante assurément font partie de ce paysage dantesque. Dans cet univers finalement d’une tristesse absolue, le culte du gain pour le gain peint à petites touches le portrait d’un homme prisonnier de sa propre fortune, allongé sur ses billets comme sur un lit de mort, incapable de concevoir la moindre dépense sans ressentir une brûlure existentielle. Dans les méandres d’une addiction financière qui isole irrémédiablement l’individu, le pouvoir apparent se transforme peu à peu en une cage dorée où le cœur finit par se dessécher au rythme monotone des comptes que l’on ressasse sans fin.
Ambitieuse (à juste titre tant elle a du talent), Stéfany Rydel s’est proposé comme défi de cartographier nos travers au fil d’une fresque musicale consacrée aux sept péchés capitaux. Avec “L’avarice“, nouvelle livraison du tableau encore incomplet, elle dessine une charge électrique d’une lucidité féroce, dissèquant méticuleusement cette mécanique d’enfermement progressif où l’accumulation de papier inodore devient une drogue dure, se transforme en une obsession toxique qui substitue la chaleur des relations humaines à la froideur du métal précieux. En poète attentive aux fêlures contemporaines, Stéfany Rydel montre comment cette dépendance à l’argent, loin d’apporter la sérénité promise par le monde matériel, ne fait que creuser un gouffre de désespoir et d’aliénation où la résignation face au vice finit par tout emporter.
Et de faire, en quelques notes pop rock, de ce naufrage psychologique d’un avare moderne un miroir tendu à nos propres dérives sociétales, à ce terrible poids d’une prospérité stérile qui pèse autant sur l’entourage que sur la conscience de celui qui accumule sans jamais rien semer au vent, refusant de comprendre que la véritable puissance réside dans l’élan du cœur plutôt que dans l’empilement des privilèges.
Il y a, comme ça, des titres qui semblent presque anodins et qui, sans en rajouter, nous percutent et nous donnent à penser bien au-delà d’une “simple“ mélodie à l’efficacité redoutable. On a hâte de découvrir le pêché suivant !…







