Lettre ouverte d’un “petit” festival au Ministre…

baware

Le 20/20 adresse une lettre ouverte au Ministre de la Culture

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C’est un “petit” festival comme il en existe de nombreux partout en France (enfin, ça, honnêtement, on ne sait pas trop parce que nous ne sommes pas allés partout en France… mais celui-ci, le 20/20, posé en itinérance dans les Pyrénées-Orientales, on le connait et on sait ce que ses instigateurs ont comme passion,  énergie et désir de partage !) qui aujourd’hui prend la parole pour s’interroger, et nous interroger, interpeler et dire les choses sans agressivité mais avec lucidité. A la rédaction, nous ne sommes pas organisateurs ou musiciens, juste des consommacteurs comme les autres. Et pourtant, à lire ces quelques lignes, on ne peut qu’adhérer au discours et partager totalement, sans réserve, ce qui y est écrit… Rêvons un peu, donc, et imaginons que l’incompétence notoire qui sévit en plus haut lieu trouve dans ces mots quelques motifs de réflexion et, qui sait, d’actions allant dans le bon sens… Ce serait une première et cela ferait du bien à tout le monde !

 

Lettre ouverte d’un “petit” festival à Franck Riester, Ministre de la Culture.

Perpignan, le 17 avril 2020.

Cher Monsieur le Ministre de la Culture.

On vous a écouté hier matin, et hier après-midi aussi d’ailleurs. Comme on n’a pas trop compris où vous vouliez en venir, on s’est dit qu’on allait vous envoyer ces quelques mots, que vous lirez peut-être…
Votre discours était charmant sur France Inter, on a presque cru que l’espoir revenait et, après le café, on a un peu réfléchi à ce que vous aviez annoncé, et plusieurs questions se sont posées :

– Qu’est ce qu’un petit festival ?
– Comment un rassemblement d’envergure, petite, moyenne (avouez que les contours sont flous) est-il compatible avec les mesures barrières ?
– Comment ce même rassemblement peut-il tenir financièrement avec ces mêmes mesures barrières ?
– Comment peut-on passer d’un « confinement » sévère (mais juste, comme disait mon père en voiture) à la tenue de concerts en 25 jours ?
– Sauver la culture se résume-t-il à sauver les festivals et lieux de diffusion ?
– Enfin, comment pourrions-nous organiser tout ça aussi rapidement, lorsque les directives précises (ou annoncées comme telles) seraient données sous quinzaine ?

Là, on s’est dit que c’était un effet d’annonce. Et déjà, on commençait à trouver ça irresponsable et inapproprié. Certains ont même dit « pas très professionnel ». Heureusement vous avez précisé vos propos un peu plus tard devant le sénat…

Enfin «préciser», ce n’est pas tout à fait le terme adéquat, «contredit» semble en effet plus approprié.

« …un concert avec un musicien devant une audience de 50 personnes, sur des chaises, avec des masques, à un mètre de distance… »

Je ne suis pas sûr que l’Académie française fasse entrer dans son dictionnaire votre définition de «concert» ou de «petit festival». Après tout, quand on lit, qu’on écoute un disque, qu’on regarde un tableau, on est plutôt tout seul.
Mais, c’est vrai qu’on aime aussi en parler avec les copains, et pourquoi pas ajouter un bon dîner dans un lieu convivial autour de tout ça. Voire même quelques verres, un peu de nonchalance, et parfois, on finit même par danser. A quatre ou cinq, à dix ou cent, à mille et même beaucoup plus.

C’est là qu’on s’est dit que c’était dur de définir un petit festival, et qu’on n’était pas sorti de l’auberge pour comprendre et suivre vos instructions quant à la reprise.

Alors on a pris le problème à l’envers, et on s’est dit qu’après tout, on savait très bien de quoi on parlait, qu’on était des professionnels et qu’on pratiquait ce métier depuis assez longtemps pour s’en faire les porte-paroles nous-mêmes.

On a donc recommencé cette réflexion depuis le départ.
Ce départ où, assez fiers d’avoir fermé nos salles un peu en avance par responsabilité citoyenne, on s’est dit qu’on avait contribué au ralentissement de la propagation du virus, on s’est rappelé aussi la baisse radicale de fréquentation avant le confinement, l’application des premières mesures barrières…. Puis on s’est arrêté là. Car ça nous suffisait amplement pour prendre une décision.

Non, Monsieur le Ministre, nous n’ouvrirons pas nos festivals tant que les mesures sanitaires adéquates ne seront pas réunies.
Néanmoins, sachez que nous existerons, d’une manière ou d’une autre, aussi longtemps que cette crise durera et bien après, et que nous continuerons à partager des émotions, des moments de répit, de la beauté, des interrogations et de la poésie. D’une manière ou d’une autre.

Cependant, il n’y a pas de sens à maintenir, quoi qu’il en coûte, et dans des conditions habituelles, un évènement dans un tel contexte .
En revanche, c’est une très belle occasion pour vous rappeler que concerts et festivals ne sont que la vitrine de nos arts : notre culture est faite avant tout de création et de production, secteurs oubliés aux dépens des arts de la scène, et pourtant nécessaires puisque fondamentaux. Ne serait-ce pas le moment de s’intéresser aux sujets de fond ?

Aidez les travailleurs intermittents du spectacle en renouvelant automatiquement leurs dossiers respectifs.
Encouragez nos artistes, créatifs et professionnels de la culture avec des mesures dignes du moment que nous partageons.
Soutenez les entreprises prestataires.

Ça coûtera bien moins cher que de financer des pseudos rendez-vous pour cet été et, avec toutes ces économies, commandez des masques à nos copains et nos copines !

Amitiés,
Un “petit” lieu de festival.

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