Sous la canopée de nos nuits blanches, là où les promesses se dissolvent dans le brouillard des cachetons et des miroirs ternis, Alex & JAB ne nous tendent pas un mouchoir pour recouvrir nos hontes bues mais un miroir brisé pour mieux observer ce que l’on est devenu. Point ici de romance de salon pour abonnés à la normalité d’une vie rangée, mais bel et bien cette faim qui ne s’éteint jamais, ce besoin de remplir le vide par quelques substances qui finissent toujours par vous vider de vous-même.
Ici, la chanson se fait bousculer dans une ruelle, dans une usine désaffectée, par un rap percutant aux articulations nerveuses, créant un hybride sonore qui ressemble à la sueur froide du petit matin. Ici, les mots sont comme des pansements sur des plaies encore ouvertes, tandis que la tension rythmique rappelle qu’être “en manque“, peu importe de quoi, est une urgence permanente, un compte à rebours qui ne s’arrête jamais. C’est du spleen en haute définition, de la poésie de caniveau qui a le bon goût de ne pas faire la leçon.
“En manque“ est percutant parce qu’il sonne vrai, parce qu’il a l’élégance du désespoir et la lucidité féroce sur cette dépendance qui nous rend tous un peu plus petits que nos rêves, sur cette chute libre avec un panache de funambules sans filet, parce qu’il parle juste sans jamais tomber dans le pathos facile ou la morale d’un autre temps. On en ressort avec la gueule de bois mais l’esprit clair, avec cette certitude acide que la plus dangereuse des drogues reste encore le regard que l’on porte sur soi.







